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 Six sol s'envolent au vent

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Nelphalyn
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MessageSujet: Six sol s'envolent au vent   Lun 23 Fév - 16:28

Canal de Ragetyphon, île de Grondeportail, taverne. Ce lieu où planent les effluves de bière, de sel, de poussière, où résonnent les conversations  ponctuées d'éclats de rire autour d'un air de musique sur lequel quelques demoiselles se déhanchent. Peuplé de marins, de trafiquants, chacun plus ou moins fréquentable mais tous un pied dans la piraterie au minimum, le bouge est parfois animé de quelques rixes qui se font déplacer dehors manu militari par les pirates grondants assurant le calme tout relatif des environs. Cet après-midi, l'ambiance est calme. Il n'y a pas autant de monde que le soir et les clients ne sont pas encore très alcoolisés. Deux silhouettes se découpent dans la lumière du dehors et passent l'entrée de la taverne. La seconde, plus petite, marche quelques pas derrière la première qui, assurée par une canne, s'avance à pas décidés jusqu'à percevoir l'ensemble de la salle. Quelques têtes se tournent, les plus jeunes s'en désintéressent et reviennent rapidement vers leurs choppes mais certaines s'attardent un peu plus, parfois étirant un sourire amusé. Un ou deux saluts de loin d'une main levée ou d'un hochement de tête accueillent cordialement l'homme qui cherche visiblement quelqu'un du regard. Ses yeux gris bleus se posent alors sur un petit homme charpenté, attablé devant un simple verre de vin. Il reprend alors sa marche en carrant les épaules autant que son dos douloureux le lui permet et se plante devant la seule personne à n'avoir pas levé les yeux vers l'entrée. Ses bras épais et solides parcourus de tatouages fendus de nombreuses cicatrices reposent sur le bois de la table. Son crâne lisse est zébré de plusieurs filets de peau pâle et l'on peut dire qu'il tranche largement avec le vieil homme. Ce dernier a le physique plus sec. Sa chemise crème sous un gilet sans manches s'agrémente d'un petit foulard de soie et ses cheveux rejetés vers l'arrière lui donnent l'air d'un homme ayant certes vécu mais qui profite largement d'un confort certain dans ses vieux jours. C’est sans décrocher son attention du liquide grenat qui trône dans un verre à pied ébréché que le premier s'adresse au second.


Citation :
- "Renard.  Tu poques toujours si fort du derche qu’on a même pas besoin de lever les yeux pour savoir que t’es rentré.

- Et toi tu glandes encore plus qu’avant vu la taille de ton bide et ton gros cul fusionné à ce foutu tabouret. Ah non, pardon, un pour chaque grosse miche. Ces foutus tabourets."


Lentement, le marin assis lève son séant du tabouret unique et s'avance vers son interlocuteur, en contournant la table. S'il n'a pas un ventre tellement proéminent, il a néanmoins l'air patibulaire et toise sévèrement Renard qui le dépasse allègrement d'une demi tête. Ce dernier, bien que plus âgé d'au moins dix ans lui rend l'attitude, menton levé, yeux plissés, visiblement prêt à bondir. Derrière lui, la petite silhouette semble s'être décalée. Une capuche masque son visage mais son attitude légèrement fléchie sur ses appuis averti qu'elle réagira si son compagnon en a besoin visiblement. Autour des tables voisines les clients ont baissé d'un ton et observent la scène. Certains pirates grondants ont déjà la main près de leur arme. Soudain les visages des deux hommes se fendent de larges sourires amicaux et deux éclats de rire franc fusent dans la salle, détendant du même temps les convives voisines qui retournent à leurs discussions alors que Renard et son camarade se donnent une accolade d'amis de longue date.


Citation :
- "Allez assieds-toi vieux débris, ton verre de vin traditionnel t'attend déjà.

- Haha, mon gros Yerith tu as toujours su comment accueillir tes amis."


Les deux hommes prennent place face à face tandis que la complice de Renard tire un tabouret pour s'asseoir à sa droite en silence. Yerith pose les yeux dessus, l'air intrigué, puis s'adresse à Renard.


Citation :
- "Dis-donc espèce de mal poli, t'as encore rempilé dans la trimbale d'esclaves ou quoi ? C'est un échantillon pour bibi ? Il est maigrichon ton bazar hein.

- Ne sois pas idiot s'il te plait. Tu crois vraiment que j'aurais pris la peine de te visiter dans ton repaire de parias pour te montrer un esclave ? J'ai raccroché et tu sais très bien pourquoi.

- Alors pourquoi tu me radine un maigrelet ? Me dis pas que c'est pour garder ta croûte vieux frère... Ho gamin, retire ta capuche. T'es aussi mal poli qu'Renard ou quoi ? "


La capuche se tourne vers ledit Renard comme pour l'interroger. Ce dernier sourit de coin, hoche la tête, puis saisit le verre de vin visiblement prévu pour lui. Le cuir sombre de la capuche révèle alors une jeune demoiselle d'une vingtaine d'année. Ses cheveux blonds ondulent librement jusque sur ses épaules et ses yeux bleus se posent sur Yerith en silence. Ce dernier émet un long sifflement, détaillant la demoiselle d'un air libidineux. Il revient alors à son compère, un fin sourire aux lèvres.


Citation :
- "C'est quoi ça camarade ?

- "Ça", mon ami c'est le marin dont je t'ai parlé et que je voulais te confier.

- Le marin, dit-il en perdant son sourire ? Tu te fous de moi elle a quoi, même pas 25 ans ta gosse. Elle ressemble à un oiseau sorti d'son œuf, tu vas me dire qu'elle a un casier long comme ma queue pour que tu la ramène ici ?

- Non, répond Renard dans le calme le plus total sans quitter son air mutin.

- Alors quoi, tu veux que j'en fasse quoi, un sac à foutre pour mes gars ?!

- Tu deviens grossier Yerith tu sais que j'ai horreur de ça.

- Ouais je sais, ouais, mais mon pote, ça, c'est pas un marin, c'est une gamine et elle a rien à foutre chez nous."


Dans un geste lent et mesuré, Renard repose le verre de vin puis pose les yeux sur la jeune fille qui l'accompagne. Elle n'a pas bougé et regarde toujours Yerith avec aplomb. Elle accorde un sourire discret à Renard puis prend la parole d'une voix claire et assurée.


Citation :
- " Pardonnez-moi, je suis aussi impolie que Renard, mais moins que vous. Je m'appelle Mégane, et je vous parie six sols d'or que je prouve mon utilité à votre bord en une semaine."


Yerith semble piqué au vif à l'annonce d'un pari. Alors qu'il la regarde dans les yeux, une expression prédatrice au visage, elle lui offre un sourire désarmant d'innocence.


Citation :
- "Six sols d'or tu dis ? Ma grande j'espère pour toi que t'as déjà la thune parce qu'ils seront à moi dans une semaine. Je sais ce que je dis et je dis que t'as tout sauf l’étoffe d'un loup de mer.

- Alors vous n'avez rien à perdre n'est-ce pas Yerith, dit-elle en tendant la main au dessus de la table ?

- C'est pas faux, c'est pas faux... mais avant que j'tope ton pari, j'te préviens que tu te démerde si un des gars t'embrouille. J'ai pas une gueule de nounou et c'est justement parce que j'en suis pas une.

- C'est évident."


Sous le regard satisfait de Renard, Yerith tope allègrement dans la main de Mégane en s'esclaffant. Il lève alors la main pour héler une serveuse en lançant à ses compagnons de tablée.


Citation :
- " Bah mes couillons, on va sceller ça dans la bière. Six sols, gamine, tu bois de la bière au moins ou on te trouve du lait ?"


Sans se donner la peine de répondre, elle lève deux doigts à l'attention de la serveuse qui verse déjà la choppe d'Yerith et en prépare de fait une seconde. Olaf avait vu juste, le parieur maladif qu'est Yerith était facile à motiver. Il n'a rien à perdre dans l'entreprise et elle gagne une place sur le navire d'un excellent capitaine. Il ne lui reste qu'à prouver que les enseignements de Liam n'ont pas été inutiles et pour ça, elle a une semaine.


Dernière édition par Nelphalyn le Mar 6 Oct - 10:04, édité 2 fois
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Nelphalyn
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MessageSujet: Re: Six sol s'envolent au vent   Lun 23 Mar - 10:45

Cela faisait à présent une semaine et demie que Six Sols était à bord du Filecrête. Un peu plus longtemps que prévu mais le capitaine avait pris en chasse un navire et la météo n'avait pas été des plus favorables. Le navire pirate faisait à présent route pour l'île de Grondeportail, suivi par le navire conquis. Derrière le capitaine Namara, sur le gaillard d'arrière, la jeune femme scrutait la mer à la longue vue pour s'assurer que leur butin restait à courte distance de leur bâtiment.

Citation :
- "Position de la Bégueule Six Sol ?

- Un demi mille capitaine, distance stable, il reste dans nos six."

Campée sur ses jambes, l’œil collé à la lunette, elle n'avait pas bougé de son poste depuis des heures. Yerith à la barre lui jetait de réguliers coups d’œil maintenant avec un demi sourire au coin des lèvres. Elle ne payait pas de mine comme marin. Sa carrure trop fine pour avoir de la puissance, son air de poupée de porcelaine ébouriffée, sa discrétion, tout la désignait comme une petite jeune fille fragile qui veut jouer la dure. Cependant elle avait parié qu'elle prouverai son utilité et on l'avait mise à l'épreuve. Elle avait fait partie de l'équipe d'abordage rapide. Huit combattants furtifs sur un clipper chargés de mettre hors jeu le commandement du navire ciblé. Ses compagnons avaient l'habitude de travailler ensemble à ce genre d'opération et se faire catapulter au milieu d'hommes de mer entraînés n'avait pas été des plus confortables. Pourtant elle avait rempli sa mission avec brio.

Grimper au grand mât pour mettre la vigie hors course avant qu'elle ne tire sa flèche de détresse avait été moins évident qu'elle ne l'avait imaginé mais elle l'avait fait. Ce n'était pas un exploit aux yeux de ses camarades d'abordage non. En revanche la suite les avait largement surpris. Alors que d'ordinaire les équipages sans commandement se rendaient, celui-ci avait préféré se battre pour défendre son butin à destination d'Auroria, et ils étaient plutôt bons mais surtout plus nombreux. Depuis le nid de pie, Six Sols avait vu l'un des pirates en difficulté près du bastingage tribord. Elle n'avait pas le temps de redescendre proprement du mât pour le soutenir alors un petit coup de folie la prit. Katana dégainé, elle s'était laissée tomber. Fixant intensément l'un des défenseurs elle usa de magie avant de s'écraser sur le pont pour se déplacer dans son dos d'une foulée d'ombre impeccable. "Bonjour", avait-elle prononcé stoïquement avant de relâcher un sort de peur. Les quatre marins assaillant le pirate en détresse avaient commencé à s'écarter en gémissant, lui laissant le temps de porter une série d'attaques meurtrières aux deux premiers pour se concentrer ensuite sur le troisième pendant que Six Sol prenait soin du dernier. Elle était la seule magelame du groupe et compensait sa faible constitution par une paire de mouvements habile et plusieurs séries de sortilèges dévastateurs. Malgré la place réduite pour se battre sur le pont du cotre, elle avait remporté son combat avec la même sobriété qu'aurait pu lui reconnaître Liam lorsqu'elle l'accompagnait sur l'Albatros. Après avoir achevé les derniers marins rebelles, l'équipe d'abordage avait pris le contrôle du navire capturé et rejoint le Filecrête pour faire son rapport. Jeffrey, le pirate que Mégane avait aidé, avait apprécié son geste de prime abord insensé à sa juste valeur. Elle lui avait épargné au mieux des blessures et au pire la mort. Il avait salué son agilité et son courage dans une poignée de main franche et l'équipage d'abordage avait voté son acceptation parmi eux à la majorité absolue.

Elle était restée à bord du vaisseau pirate pour doubler la vigie qui surveillait l'horizon et se concentrer sur la Bégeule capturée. Il faut dire que son chargement était précieux. Des vivres, de l'alcool, du matériel médical, de la poudre et les pièces nécessaires à l'assemblage de deux canons de siège. Morpheus serait ravi de les disposer à l'entrée de l'île et le reste valait pas mal d'or. Le capitaine Namara était content. pas de blessés, un chargement intact et un navire capturé en bon état. La pêche avait été excellente.

Citation :
- "Six Sols, prends ta pause, ça fait des plombes que t'est plantée là comme une huître sur son rocher. J'voudrais bien pouvoir te décrocher de mon pont une fois à la maison.

- Ça ira capitaine je ne suis pas fatiguée. Et puis je me suis battue pour cette prise, je ne la quitte pas des yeux.

- Je te préviens, si jamais tu loupe un truc parce que t'es trop têtue pour prendre une pause tu me devra le prix de tout ce qu'il y a sur ce foutu cotre plus le prix du navire.

- Oui capitaine.

- On en a encore pour deux bonnes heures avant d'arriver.

- Très bien.

- C'est long deux heures.

- Je sais capitaine. Si je sens une baisse de concentration je prendrais une pause.

- ...

- ...

- T'es sacrément cabocharde.

- Désolée capitaine. Je n'aime pas la facilité.

- J'ai compris ça ouais. C'est bien c'que t'as fait pendant l'abordage. J'suis bien forcé d'avouer que j'te dois tes six d'or même si ça m'arrache la gueule. On viendra pas dire que Main Leste est un mauvais parieur !

- Merci. Mais, sauf votre respect capitaine Namara, j'ai simplement fait ce que je devais faire pour mon équipage. N'importe quel marin devrait en faire autant.

- (Il part d'un rire bref et franc) Renard s'est pas planté sur ton matricule. Sacré vieux couillon tiens. Si tu cherche un équipage, on pourrait bien te trouver une utilité à bord pour un plus long terme.

- Merci capitaine, mais je ne peux pas. J'ai des obligations qui ne me permettent pas de m'engager sur le long terme de cette façon.

- Dommage. C'est bien dommage.

- Navrée capitaine.

Le reste du trajet se déroula dans la seule musique du vent dans les voiles et des discussions des marins sur le pont sur le fond du chant du navire qui fendait les flots.
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Nelphalyn
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MessageSujet: Re: Six sol s'envolent au vent   Mar 7 Avr - 1:21

Il était très tard, ou très tôt selon la préférence et après avoir navigué toute la journée en évitant soigneusement toutes les routes maritimes fréquentées, Mégane avait retrouvé la crique de Grondeportail. Elle avait toujours les entrailles remuées en y arrivant. Ce n'était pas de la peur ni de l'angoisse mais un mélange d'exaltation et de soulagement. Là elle était en paix, tout du moins pour le moment. Nul besoin de jouer un rôle trop compliqué, pas de cheveux teints, seulement ses yeux harmonisés. Elle ne gardait leur réelle couleur que pour une seule personne qu'elle n'avait d'ailleurs pas vue depuis fort longtemps. Pour le reste elle oscillait à loisir en publique entre comportement relâché et verbe soutenu en fonction de son besoin ou de son interlocuteur. Elle avait été mêlée à une ou deux rixes, en avait vu bien plus encore, avait partagé des parties de dés ou de cartes avec certains forbans du coin, avait du en remettre d'autres à leur place, bref, elle s'était fait sa petite place. Discrète, elle commençait à rendre quelques menus services réguliers aux parias des nations nuienne et haranienne. Transport de chargements, de personnes, de messages, achat de quelques marchandises, revente d'autres, elle avait même exploité son talent de faussaire pour délivrer une paire de faux papiers à quelqu'autres contrebandiers. Elle s'était faite arnaquer une ou deux fois et contre toute attente elle n'avait pas réglé ces cas par une quelconque violence. Elle avait simplement pris note de son erreur et de la propension des clients concernés à la lui faire à l'envers.

L'un d'entre eux s'était vanté de l'avoir bien eue à la taverne et avait tenté de la railler en public d'ailleurs. Il avait été déçu au départ qu'elle le regarde en souriant simplement dans un calme olympien, sans prendre ombrage. Prenant cela pour un aveu de faiblesse, il avait cru malin de pousser un peu plus la provocation, allant même jusqu'à oser un contact physique. Malheureusement pour lui il avait récolté la choppe de Mégane dans la tempe à l'issue d'un geste vif et précis parfaitement imprévisible. Evidemment tous deux avaient été jetés hors de l'établissement par les pirates grondants. Elle avait traîné le petit malin un peu plus loin pour l'asseoir contre la paroi extérieure à l'abri des regards et attendu qu'il se réveille pour se contenter d'appliquer sereinement mais fermement, un peu trop d'ailleurs, sa botte sur ses parties génitales histoire d'avoir son entière attention. Elle lui avait dit d'un ton neutre et détaché :

Citation :
- " Le prochain service que tu me demandera après celui de ne pas t'écraser les couilles d'un coup de talon sera de ne pas me démerder pour que ton client sache qu'en plus d'être un mauvais payeur tu crache et pisse dans les tonneaux de rhum arrangé que tu lui vends parce que tu es assez con pour trouver ça marrant. Malheureusement pour toi, vrai ou pas, c'est assez dans tes manières de dégénéré et celles de ton client sont plutôt expéditives quand on se fout de sa gueule. Tu crois qu'un décolleté et un sourire enjôleur lui feront douter de ma parole comparativement à toi, la rue de la gueule mal pavée et coiffé comme un dessous de bras ?

- C'est bon Six Sols j'peux t'rembourser si y'a qu'ça.

- Je me fous de tes thunes. Tu as bien joué ton coup, je n'avais qu'à faire plus attention et on ne m'y reprendra plus. En revanche, la prochaine fois que tu tentes de me toucher sans mon consentement, il te faudra une paille pour pisser comme un homme parce que je t'arrache la paire de couilles flasques qui accompagne le truc mollasson que j’aplatis sous ma semelle et lui avec. "

Elle était partie pour éviter une escalade de représailles et avait rasé les murs quelques jours pour vérifier qu'elle n'avait pas agit bêtement. Mais étrangement, le concerné semblait n'avoir pas de rancœur. Olaf lui avait expliqué un peu plus tard qu'elle avait eu le bon réflexe pour une femme en l’occurrence. Régler son problème en privé, lui faire comprendre qu'elle n'était pas une catin facile ou une idiote, qu'il était dans son intérêt d'être en bons termes avec elle autant qu'il était dans le sien de ne pas se le mettre à dos, mais surtout ne rien dire de tout ça à personne et le laisser raconter la version des faits qui lui chantait pour ne pas froisser sa fierté masculine devant ses camarades. Elle avait donc poursuivi tranquillement son insertion chez les pirates et jouissait pour l'heure d'une certaine forme de tranquillité. Si tant est qu'on puisse jamais l'être au milieu de parias et de criminels toutefois.

Ce soir, sa Sale Pincesse amarrée à quai, elle avait déchargé avec l'aide d'un marin du coin qui lui tournait un peu autour et refermé sa petite maisonnette fraîchement retapée. Après un regard vers la tresse de cordages, éclats de bois et morceaux de filet de l'Albatros qui reposait sur sa petite table de nuit, elle se déchaussa et se laissa tomber sur son lit, épuisée, pour profiter d'une nuit de sommeil bien mérité. Demain serait un jour calme. Elle aurait tout loisir de remplir son livre de comptes et de recevoir Yerith pour lui remettre les barils de poudre et les douceurs du continent qu'il lui avait commandé.
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Nelphalyn
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MessageSujet: Re: Six sol s'envolent au vent   Mer 15 Avr - 13:49

Après une semaine de pause à Grondeportail, il était temps pour Constance de reprendre le large. Elle avait remis les livraisons commandées aux clients du coin, noté les autres soigneusement sous de faux noms de clients et acheté quelques denrées qu'elle pourrait revendre ou échanger dans le sports légaux. Oh, rien de très folichon cependant. Quelques statuettes tribales et une petite parure de perles sauvages. Ce qu'elle avait engrangé de plus précieux était avant tout la détente. Malgré l'âge du matelas et du sommier qu'elle avait installés dans l'arrière boutique du comptoir des Alizées, elle y passait des nuits particulièrement reposantes. Les heures à flâner pieds nus sur le sable de la crique et les séances de pêche le nez au vent du large l'avaient également apaisée autant que les parties de cartes et de dés qu'elle avait pu disputer dans la taverne.

Elle était ressourcée et prête à renfiler la peau de Sisyphe Alrahel et à longer la côte nuienne pour revendre, échanger et acheter. Peut être ferait-elle un crochet par le repaire de Liam si les mers étaient assez calmes et si elle pouvait trouver de quoi le ravitailler sans éveiller les soupçons. Bien qu'elle demeure préoccupée par son état, elle ne pouvait se permettre d'être à son chevet quotidiennement. De toutes les façons elle n'en avait pas envie ni lui non plus. Elle avait besoin de s'occuper, de gagner de quoi vivre confortablement et ces temps-ci elle redoublait de labeur puisque William n'était pas en état. Elle lui portait des vivres et quelques extras autant que faire se pouvait, sans pour autant avoir l'air de s'occuper de quelqu'un aux yeux des autres. Il pêchait et prenait le temps de se remettre, et officiellement l'Albatros et son capitaine n'avaient simplement pas été vus depuis un sacré long moment.

Suivant ce train de pensée, elle vérifia que son coffre était bien verrouillé, ses volets clos, puis barra et referma sa lourde porte à double tour avant de hisser son sac sur son épaule pour se diriger vers la Sale Princesse déjà chargée.

Citation :
- " Salut Six Sols ! Tu reprends le large alors, demanda un des dockers ?

- Ouep ! Personne ne peut glander toute la sainte journée indéfiniment.

- Tu passes à Rochaiguail par hasard ?

- Non, a priori pas, la baie de la Foliole est un poil trop fréquentée par les autorités à mon goût, pourquoi ?

- ... Bah... c'est que...

- Si tu ne me dis rien Dew, je ne risque pas de modifier mes plans pour tes beaux yeux, dit-elle en souriant de coin alors qu'elle vérifiait l'arrimage de la cargaison.

- C'est qu'j'ai ma mère qu'est morte et enterrée là bas. Tous les ans j'allais y mettre des fleurs mais depuis que j'suis là... un an quoi, j'ai pas trouvé de moyen de le faire. Je suis grillé moi là bas, si j'y mets un pied et qu'on me choppe c'est la corde vite fait bien fait...

- Si tu veux un transport pour là bas tu sais que je ne le ferais pas gratuitement l'ami. Surtout transporter un hors-la-loi. Déjà que je ne transporte pas de types sans casier sans les faire payer...

- Je sais, mais... non c'est pas ça. Juste que, si tu passais par là je t'aurai demandé si tu pouvais mettre des fleurs quoi.

- Ecoute Dew, je t'ai déjà dit, si vous avez des courses à faire sur les continents, suffit de passer me demander et on s'arrange sur un tarif honnête. Là, j'ai pas prévu ça dans ma feuille de route. Mais t'as l'air d'y tenir alors on peut sûrement trouver un terrain d'entente.

- C'est dans une semaine et demie l'anniversaire de ma mère normalement...

- Je peux m'arranger pour y passer. Mais tu aurais du m'en parler plus tôt parce que je pense que tu ne mesures pas le risque là. Je vais déposer des fleurs sur la tombe d'un hors-la-loi l'année suivant sa fuite pour éviter la peine de mort. Si je me fais attraper c'est moi qui prend pour toi. Ça a un prix.

- C'est pour ma mère Six Sol... c'est pas une course pour acheter un tonneau de tabac ou un pochon de drogue.

- Je sais. Et crois-moi c'est pas plaisant, rétorqua-t-elle d'un air contrit en finissant de préparer les winches près de la barre pour lever les voiles de la goélette. Mais tu comprends bien que vu le risque que je prends pour toi il faut que je m'y retrouve. Je t'aime bien Dewey, mais moi aussi il faut que je me préserve et si je commence à travailler à l’œil pour toi, même pour feu ta mère, je te laisse imaginer la pente glissante que ça représente pour moi.

- ... Ecoute, j'ai pas beaucoup de moyens moi. J'peux pas te verser plus que ce que j'ai en poche.

- Et t'as combien ?

- J'ai du payer une dette de jeu, j'ai encore une cinquantaine de sous d'or, mais faut bien que je mange et que je me loge aussi...

- (Elle s'accoude au bastingage et jette un coup d’œil circulaire comme pour vérifier qu'ils ne sont pas écoutés) Bon, écoute, je te facture six sols d'or pour la course. Pour les fleurs, y'a des jardins, ça ne coûte rien de se servir dedans. Quant au risque... disons que tu m'en devra une et que j'espère bien que tu te souviendra que j'ai mis de côté ma sécurité pour honorer ton deuil gratuitement.

- (Il tend la main, présentant six pièces d'or après quelques secondes de silence) Je savais que j'pourrais compter sur toi Six Sols. J'oublierais pas tu peux en être sûre, ma mère, c'était tout ce que j'avais de bien sur Nuia.

- (Elle récupère le payement et lui serre la main avec assurance, un sourire complice aux lèvres) Les dieux s'en souviendront aussi avec un peu de chance. A plus tard l'ami.

- Que Dahuta veille sur toi et ta Sale Princesse, on a toujours besoin de gens comme toi par ici. Merci."


Dewey, la mine soulagée, lança les amarres libérées du navire marchand sur le pont depuis le dock et Constance se dégagea du mouillage peu profond à l'aide d'une longue perche de bois avant d'actionner vivement chacun des winches qu'elle avait fait installer pour l'aider à hisser et ferler la voilure du navire. La Sale Princesse sorti doucement de la crique de Grondeportail et trouva son vent à la sortie des deux bras de terre. Elle pris de la vitesse, la voilure gonflée par un vent de nord et s'éloigna du havre des parias de toutes nations.
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