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 De l'oubli de la Constance

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Nelphalyn
Plume et pinceau
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Date d'inscription : 18/08/2014

MessageSujet: De l'oubli de la Constance   Ven 22 Aoû - 15:38







La famille Beauchamps De Noirevigne, hauts bourgeois de la campagne Nuienne, fit fortune à la faveur d’une flambée des prix du vin. A l’époque, le temps défavorisait les viticulteurs. Cependant le Clos de Noirevigne possédait un terreau ancien et solide qui, à l’épreuve des intempéries, donna une cuvée d’une qualité exceptionnelle contre la médiocrité concurrente.  Asseyant sur plusieurs années la montée de la renommée des vins de leurs domaines, les Beauchamps de Noirevigne glissèrent sur la pente de l’arrogance des parvenus et s’offrirent un titre de petits barons.

De plus en plus imbus d’eux-mêmes, les membres de la famille instaurèrent un climat familial de plus en plus détestable. Favorisant les mariages d’intérêt sans se préoccuper de la qualité humaine des époux et épouses, ils poursuivaient cependant efficacement leur enracinement dans la richesse et l’opulence relative des campagnes tranquilles. Ainsi, parents et enfants se complaisaient largement dans leur attitude hautaine et suffisante à l’égard de leurs inférieurs, ainsi que dans l’hypocrisie générale. Leur image de parvenus arrogants était installée, mais leur stabilité économique ainsi que la dimension incontournable des vins de leurs domaines aux tables huppées leur conservait une forme de respect mesuré de la part de leurs supérieurs nobiliaires.

De temps à autres émergeait un enfant plus résistant à se teinter des travers familiaux. Ces derniers, bien souvent brisés par la pression familiale, finissaient soit plus détestables encore que leurs aînés, soit cloîtrés et effacés. Parmi ces descendants plus appréciables, il y eut Constance. Petite fille puis jeune fille modèle, elle s’appliquait à obtenir la satisfaction de ses parents et frères aînés en appliquant à la lettre chacun des codes faisant d’une demoiselle un excellent parti. Discrète, docile, elle apprenait consciencieusement les arts et lettres, l’art de se conduire et tenir, la danse, l’histoire et le calcul. Elle s’emplissait de toutes les armes qui, au-delà d’en faire une jeune fille parfaitement inclue dans les standards exigés, lui conférait l’intelligence requise pour tenir une réflexion construite et avancée. Elle portait le prénom de Constance avec une exactitude rare d’ailleurs. Toujours calme et courtoise, le sourire facile et radieux, on l’aurait jurée d’une humeur égale depuis le premier jour de sa vie.

Adolescente et jeune adulte très comme il faut, elle rougissait facilement et il était amusant pour bon nombre de jeunes hommes de mettre la demoiselle mal à son aise par des compliments plus ou moins appuyés, voire parfois des tentatives de séduction affichée. Le jeu de qui ferait rougir ou fuir Constance le plus vite prit probablement naissance dans les rendez-vous mondains, tant chez les jeunes nobles et bourgeois masculins que féminins d’ailleurs. Si elle semblait perdre facilement contenance, piquer des fards et balbutier, elle n’en reprenait cependant pas moins son sang-froid par un trait d’esprit lui permettant de s’éclipser pour rejoindre parents ou frères. Aussi n’avait-elle pas l’image d’une jeune dinde sans cervelle, mais plutôt d’une timide maladive à l’intellect compensant  le défaut.

Constance Beauchamps De Noirevigne fut promise l’année de ses dix-huit ans au second fils d’un comte, dont l’aîné avait trouvé la mort dans d’étranges circonstances. L’homme avait hérité du titre avec son épouse d’alors, qui se trouvait être stérile. Il renia la pauvresse dans l’exposition publique de son incapacité à procréer, avant de jeter son dévolu sur la cadette Beauchamps de vingt années plus jeune. L’influence du sombre comte et la fortune de sa maison convainquirent les barons De Noirevigne de lui céder leur petite dernière malgré ses protestations polies. Un an durant donc, elle vit son nouveau fiancé en compagnie d’un chaperon chaque Dimanche. Publiquement tout à fait agréable, il ne donna jamais de raison à qui que ce soit de revenir sur les fiançailles jusqu’à ce jour triste où, chaperon renvoyé par ses soins, il souhaita consommer ses noces par avance.

Dans le plus strict respect des convenances, Constance refusa fermement mais avec courtoisie, sans pressentir qu’elle ferait surgir l’ire du comte qui la frappa à plusieurs reprises  et trouva le temps de ruiner sa robe d’été de trois coups de son épée tirée au clair. La jeune femme prit la fuite, débraillée et en pleurs alors que le répugnant fiancé quittait le clos viticole. Malgré les lacérations de son dos et flanc et les ecchymoses de son visage à la peau ouverte, Constance ne parvint pas à faire annuler la noce prévue. Elle devait endurer sa colère qui, lui disait-on, ne durerait pas une fois la nuit de noces passée. Un homme après tout, avait des besoins.

Choquée, terrorisée, la jeune femme refusait de se manquer de respect au point de s’abaisser à épouser ce détraqué violent. Consciente qu’elle n’était pas en position de s’en préserver, elle n’écouta que son instinct lui hurlant de fuir et de tout quitter. Quel que soit son chemin en partant, il serait toujours plus sûr que celui qu’elle s’apprêtait à emprunter. Elle eut tout loisir de préparer son départ un mois durant, subtilisant ce qui ne se verrait pas trop vite et se revendrait bien, pour assurer quelques temps la fuite.

C’est grimée en homme sous un chapeau emplumé qu’elle quitta le domaine, emportant quelques vêtements, bijoux et pièces d’or, ainsi qu’une belle miche de pain, hissée sur l’un des chevaux rapide des coursiers du domaine. Elle revendit monture, sellerie et bijoux sur la route et l’on perdit toute trace d’elle à trente lieues du domaine des Beauchamps de Noirevigne.
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