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 Ce que voulait la rose

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Nelphalyn
Plume et pinceau
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Date d'inscription : 18/08/2014

MessageSujet: Ce que voulait la rose   Mer 20 Aoû - 13:36

Felaine est agenouillée dans l’herbe fraîche, devant une sépulture impeccablement entretenue. Les deux mains soutenant son ventre encombrant, la tête inclinée, on ne voit pas son visage derrière la cascade d’ondulations chocolat qui encadrent ses traits. Ses yeux sont clos, ses traits tendus et fermés. Autour d’elle est tracé au sol un large symbole de poudre gris-bleu, sortilège la dissimulant aux yeux des éventuels autres visiteurs durant son recueillement. Mais de toute façon, personne n’approcherait d’elle à grand cœur en ce moment précis. L’air semble plus épais autour d’elle, presque poisseux, il met mal à l’aise, a un l’on-ne-sait-quoi de malsain et donne plutôt envie de s’éloigner. En elle, c’est un tournoiement de magie qui s’agite et tourbillonne entre les frontières invisibles qui délimitent les bordures de son être intérieur.

Tout y est très organisé par ses soins, bien rangé, protégé depuis des années en un colossal palais de mémoire. Il débute par un large vestibule circulaire pavé de marbre blanc veiné d’or, au haut plafond couvert de runes et murs parés de lourdes tentures de velours crème. Peu de décoration, simplement quelques chandeliers aux murs et un petit guéridon au centre sur lequel une rose pourpre fleurit. Quatre hautes portes de bois clair, sans gonds ni poignées, décorées d’arabesques complexes et uniques, encadrent une immense fenêtre aux épais montants de pierre blanche. La vitre d’un seul bloc ouvre la vue sur le paysage d’une vallée verdoyante loin en contrebas. Piquetée de fleurs, et d’arbres fruitiers elle est parcourue d’un cours d’eau de plusieurs dizaines de mètres de large. Au centre de la vallée, plongée dans le lit de la rivière, une tour monte comme une flèche sur une cinquantaine de mètres. Ses murs de couleur indéfinissable et changeante ne comportent aucune fenêtre. Ils présentent une porte haute et étroite au niveau de l’eau, précédée d’un petit ponton blanc. La forme de l’édifice s’apparente à celle des pièces d’échec représentant la reine, la couronne de cette dernière semblant constituer une promenade au faîte.

Pour sûr, les lieux sont majestueux. Cependant, on sent battre quelque chose dans le vestibule. Un cœur peut être, une quelconque pulsation sourde et d’une régularité parfaite, émanant visiblement du centre de la pièce, là où s’épanouit la fleur pourpre. A mieux y regarder il semble que quelque chose agite le paysage en cadence au dehors. Un vent remue arbres et fleurs, sans pour autant sembler effleurer l’eau qui s’écoule. Chargé de particules sombres reflétant la lumière, il tournoie comme s’il venait de retrouver la liberté. Fort, presque violent, il ondule et joue dans la vallée. Scintillant presque de joie, il semble animé d’une volonté propre. Parfois toutes les particules semblent se rapprocher et, pour peu que l’on puisse y prêter attention, se rassemblent sous la forme d’une mésange à la queue infiniment longue, comme une traine de voile léger, virevoltant derrière l’oiseau. L’œil du seul animal des environs est d’ailleurs inhabituellement habité de conscience. On pourrait lui trouver un éclat mutin, cruel, et pourtant visiblement dénué de malveillance. Les commissures de son bec, entrouvert en quelque chant inaudible, semblent dessiner un sourire. Le volatile se dissipe, reprenant son état de vent, se recrée à loisir, dans une danse infinie dont les mouvements aléatoires captivent l’œil, au rythme concordant des battements de la rose.

Mais tout cela, personne ne le voit non, personne. Et, si quiconque le pouvait, il semble difficile d’imaginer qu’il puisse comprendre seul ce que le palais de mémoire de Felaine représente réellement. Et heureusement, car à n’en pas douter, ce serait inquiétant. Nul ne voit donc la jeune femme à genoux devant la sépulture de son maître, et nul ne sait qu’en son for intérieur, elle s’est recréé une image du vieil homme, qu’elle s’adresse à lui d’une voix chargée d’émotion.



" Maître, ô Maître, ô vous qui tout puissant m’avez tant appris. Que n’êtes-vous là aujourd’hui pour m’épauler et me guider. Vous avez toujours su choisir les mots qui, depuis ma plus tendre enfance, actionnaient les ficelles de ma personne. Vous seul, oui, vous seul saviez. Vous avez d’ailleurs toujours su je crois, estimer l’envergure de votre élève. Vous m’avez dit, sur votre lit de mort, Maître, que j’avais ouvert mes ailes trop tôt, que j’étais dépassée, grisée par le pouvoir qui m’était accordé par les Six. J’ai longtemps cru comprendre et appliquer votre ultime leçon, en maintenant cachée cette part de moi-même qui semblait si décalée par rapport à ce que tout le monde attendait de moi. J’ai caché, bridé, enfermé la part la plus ambitieuse, impitoyable et assoiffée de pouvoir de ma personne. Nous l’avions nommée Mésange, vous et moi, car elle était un beau petit oiseau dans une cage dorée. L’oiseau a grandi, Maître, il a poussé. Et moi aussi, j’ai mûri. J’ai pris conscience, je crois, de votre véritable prévision. Parce que vous n’avez jamais rien dit ou fait par hasard, n’est-ce pas ? Non, vous aviez tout pressenti je crois. Vous saviez probablement qu’un jour, Felaine verrait sous un nouveau jour les affres de la gentillesse, que ses jeux de manipulation ne deviendraient plus tant du jeu qu’une discipline à part entière. Vous auriez pu dire, sûrement, qu’il vaut mieux tomber soi-même et se relever plutôt que de faire toujours trop attention à la chute qu’un tiers nous a contée. Eh bien je suis tombée, Maître. A genoux telle que je suis maintenant.

J’ai tant donné, tant offert, tant tendu la main sans jamais rien attendre en retour. J’ai ouvert les bras pour réparer les gens qui me touchaient, les aider à combler leurs fêlures. Parfois, j’ai réussis, parfois non, mais Felaine est fissurée.

Il y eut d’abord la mésaventure de Jezabel, la perte de Daesmon, et les soulèvements de gens qui n’avaient rien à faire de leur truffe dans cette histoire. Ceux qui remuent la fange pour s’y rouler, se complaisent dans le drame, le malheur, la violence et la rancune. Vint ensuite la disparition de Maeko. Ah, Maeko, mon amie, ma sœur… sans plus aucune nouvelle du jour au lendemain, un vide béant s’est ouvert dans mon cœur. Mais encore une fois j’ai tenu la tête haute, Maître, j’ai été forte et solide, j’ai tenu comme la prote des coffres. Pour faire suite, certaines relations se sont éloignées du jour au lendemain, sans raison, sans explication. L’être humain, ce lâche, craint de mettre des mots sur ce qui dérange et préfère fuir dans le silence et la facilité. J’ai retrouvé l’amour, auprès d’Angus, qu’on a tenté de m’ôter par deux fois. Et là, Maître, j’ai tranché comme on fauche les blés. Personne ne le sait, personne n’a vraiment vu ce que j’ai fait lorsque j’ai libéré un peu de la Mésange. Je suis un bon magicien, toujours partiellement inconnue, comme vous me l’avez si souvent enseigné. Je m’efforce d’être son pilier, à mon époux, et nous avons construit un joli pont entre nous, qui pousse lentement en moi et devrait venir au monde très bientôt. Alors que tout semblait aller de mieux en mieux, Orca est mort, endeuillant toute la maisonnée, remettant en question la presque totalité de nos projets, ébranlant nos fondations. Il a perdu la raison, a manqué d’attaquer Angus, qui a dû mettre fin à ses jours. Mon ami Zeick ne l’a pas pardonné. Il nourrit une rancœur telle que je doute qu’elle passe un jour, car il ne supporte pas plus que moi la trahison, et voit cet acte comme tel.

Je suis seule Ystaniel. Je l’ai toujours plus ou moins été, même au milieu d’amis, parce que personne ne sait réellement ce que je suis à l’intérieur. Je masque mes cartes. Je suis seule et à genoux, mais je suis endurante et je peux être un roseau. Je plie, mon front touche terre alors que mes larmes détrempent le sol devant ta sépulture, ô mon Maître, mon ami. Mais voilà que j’ouvre la cage Ystaniel, je l’ouvre et la Mésange s’évade. Je jette la clef, j’efface la porte où je confinais mes ombres. Elle vole, virevolte, je me sens grisée alors que nous fusionnons pleinement à nouveau. Je suis entière à présent derrière mon vestibule, libre. La balance est plus équilibrée que jamais désormais, forte, j’ondule sous les coups, je rends, acide, et enjambe les difficultés que ma force aura rongées. Je suis là, Maître, debout, forte. Nous sommes là, et nous apprenons l’égoïsme mon ami. Tout en tempérance, et en jeux de masques, la rose dans son écrin de marbre, la mésange dans sa vallée secrète, un équilibre solide comme l’éternité et souple comme la patience, voilà ce que voulait la rose. "
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