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 La lumière étire les ombres

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Nelphalyn
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Date d'inscription : 18/08/2014

MessageSujet: La lumière étire les ombres   Mer 20 Aoû - 13:32

« Tranche comme on fauche les blés, ploie comme plie le roseau, tiens comme la porte des coffres.
Résiste comme le roc du torrent, ondule comme la vipère et dévaste comme l’ouragan.
Soit l’acide qui ronge tes adversaires et le baume qui pansera leurs plaies.
Dans tout, garde équilibre, car ta lumière étire tes ombres.
Masque tes cartes, écarte leurs masques et toujours souviens-toi.
La puissance n’est pas faite pour être utilisée.
Sois le pilier sous la voûte, le pont sur le ravin, jamais ne t’écroule et toujours tiens.
Le pouvoir n’est qu’un dernier recours quand au reste l’adversaire est sourd.
Le bon magicien est un inconnu car nul n’a vécu pour conter sa colère.
Tranche comme on fauche les blés. Sois le baume qui pansera leurs plaies.
La puissance n’est pas faite pour être utilisée. »


La comptine que son maître lui avait enseignée tournait, tournait dans sa tête alors qu’elle se tenait dans l’atelier d’Angus, debout au milieu des carnets rouges. Machinalement, elle l’avait récitée et écrite dans son propre carnet relié de cuir naturel où elle compulsait ses notes de recherche et quelques pensées lorsqu’elle en avait assez de les ressasser. Les pages de droite listaient une suite d’indices face aux numéros des signets qu’elle avait glissé dans les carnets de son aimé. Celles de gauches comportaient des formules notées à la va-vite, quelques lignes éparses rédigées à la façon d’un journal de bord, et à présent la comptine d’Ystaniel.

Elle sentait bien que ses ombres s’étiraient. La colère grondait en elle autant que l’anxiété. Froidement, elle ronflait et faisait bouillir sa magie. Elle ne demandait qu’à sortir, qu’à écraser quiconque se mettrait en travers de sa route. Elle était en guerre, elle ne plaisantait pas. Du tout. On touchait à ce qu’il ne fallait même pas penser à effleurer et cela écrasait toute forme de peur sous une détermination glaciale et pragmatique : elle dévasterait ce qui l’empêcherait de récupérer Angus. Œil Vigilant ou pas, elle le trouverait et le sortirais de là. Il avait disparu depuis maintenant près de deux jours. Il fallait avancer.

Zeick était en train de faire son tour du manoir à l’heure qu’il était, Rouge s’occupait de la tâche délicate et pourtant potentiellement sanglante qu’elle lui avait confiée. Ils étaient les seuls à savoir exactement ce qui se passait. Encore quelques jours et elle aurait terminé d’éplucher les carnets. D’ici là, Rouge aurait peut-être une souris à faire couiner, et l’équipe d’Angus serait remise et rentrée de voyage. Il serait temps de faire une mise au point. Une mise au point très claire. Cette fois-ci elle ne serait pas gentille. Elle n’arrondirait pas les angles parce qu’elle les voulait tranchant comme la meilleure des lames. Elle serait claire, directe et inflexible. Ils le prendraient comme ils le voudraient, mais il était hors de question qu’ils commettent les mêmes erreurs alors qu’il en allait de la vie de son fiancé. Un fiasco monumental comme la dernière excursion dans les collines de Kesse n’était pas envisageable. Soit ils prouveraient qu’ils valaient leur curriculum, soit elle ferait sans eux.

Elle sentait l’énervement glacial qu’elle abritait se durcir encore un peu plus à ces pensées et promena à nouveau son regard sur les carnets couverts de l’écriture à la fois hâtive et appliquée d’Angus. Son tracé à la plume avait changé au fur et à mesure qu’il couvrait des pages de moments de sa vie. Il avait été rageur, réfléchit, appuyé, léger, mais toujours effilé, acéré. Si elle avait lu quelques lignes de son écriture lorsqu’elle l’avait connu, elle aurait su qu’elle ne se trompait pas. Cette tignasse, encadrant une paire de billes vertes perçantes et un presque éternel sourire de coin ; son authentique gueule de mauvais garçon élégamment négligé sous une petite barbe, étaient une façade convaincante pour le dangereux personnage qu’il était. Mais ça ne l’aurait pas dissuadée de jouer avec, ça non. D’ailleurs personne n’aurait pu l’en dissuader. Il était un des rares à lui demander un effort dans la partie de cartes qu’ils jouaient à l’époque. Un des rares qui jouait exactement comme elle mais avec une main différente.
Après avoir lu les carnets rouges de ses mémoires, elle voyait le tableau dans un ensemble plus précis et mesurait l’ampleur des failles qui fissuraient cet homme. Il était désormais le seul auprès de qui elle désirait être, et personne ne le lui retirerait. Elle l’avait promis, le psalmodia à nouveau en l’écrivant machinalement parmi ses notes « Cette fois-ci, je te retrouverais. »

Elle referma son propre calepin dans un claquement de papier et rangea les mémoires d’Angus dans une caisse de bois contre un mur. Felaine poussa une autre caisse, pleine de carnets noirs celle-ci, et en tira le premier. C’était la seconde série d’écrits. La dernière à sa connaissance, et elle allait l’éplucher tout comme la précédente car aucune information n’est jamais dispensable.

Le savoir est pouvoir.
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Nelphalyn
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MessageSujet: Re: La lumière étire les ombres   Mer 20 Aoû - 13:33

Grisant. C’était grisant. La terreur dans les yeux de ce foutriquet aussi avait été grisante. Le pouvoir, la puissance, la magie, c’était si simple. Elle se sentait différente, ivre d’avoir tissé le cauchemar de l’un des hommes qui s’en prenait à son fiancé. Ivre mais pas repue de vengeance. Elle trépignait d’une impatience cruelle. Elle avait soif de cris, soif de hurlements de terreur et de prunelles paniquées. Forcer des horreurs à hanter ses ennemis était affreusement passionnant. Oui, Felaine Ferdrael compensait largement sa gentillesse et sa douceur par une facette d’atroce maîtrise de la torture psychique. La Mésange n’avait rien de lumineux. Elle dégoulinait de noirceur et transpirait d’une aura malsaine. Toujours tapie dans un coin, elle savait se taire et patienter pour n’imposer sa souillure qu’à la lueur glauque des véritables colères de l’héritière Ferdrael. Elles étaient rares, calmes, froides mais sales, cruelles et impitoyables. Elle prenait doucement conscience, à la faveur de cette nouvelle ire, qu’elle aimait fondamentalement ce côté de sa personne et ce qu’elle faisait quand elle revêtait cette peau.

Elle partit d’un rire de gorge rauque, langoureux, malsain, qui lui valut un coup d’œil en biais d’Alfred qu’elle croisait dans le couloir menant à la cuisine. Elle lui sourit, de son habituel sourire doux et aimable, poursuivant son chemin d’un pas souple et légèrement dansant. Ce masque de clarté qu’elle arborait la plupart du temps commençait à se fissurer. Le vert pâle de ses yeux impeccablement maquillés avait comme à l’ordinaire un éclat mutin et joueur, mais au-dessus de son demi sourire cruel il augurait bien pire que quelques traits d’esprits, sous-entendus grivois et autres amusements verbaux et jeux de masques.

Elle se servit un thé noir, comme à son habitude. Esquisse, son chat crème passa en la contournant de loin avant de filer bien vite alors qu’elle adjoignait deux belles cuillerées de miel et un nuage de lait à sa boisson à geste minutieusement mesurés. Remuant sa tasse lentement, elle descendit les escaliers menant à l’atelier pour reprendre la lecture des carnets noirs d’Angus. Elle les avait quittés quand Rouge était venue la chercher. Elle avait attrapé l’un des poursuivants de Myrren et tué les autres avec cette dernière et un homme masqué visiblement illusionniste. Ce dernier avait également attrapé l’un des agresseurs, mais peu importait, son jouet à elle l’attendait chez sa perle, bien entravé et sonné.

Elle s’était donc rendue sur place à la suite de la rouquine et là… Elle rit à nouveau en y repensant. Là, elle avait joué. Déployer une illusion compète, complexe, puissante dans la petite pièce simplette de la maison l’avait beaucoup amusée. Cantonnée dans une bulle éthérée, elle avait tranquillement malmené le captif. Rouge était sortie assez tôt, probablement pour monter la garde discrètement dehors. Elle avait donc pu à loisir déployer son jeu sous la thématique du serpent. Du début à la fin, elle ne lui avait infligé que deux sévices corporels. Une bête tasse de thé brûlant envoyée à la figure pour punir un crachat, et un message gravé gratuitement à la pointe d’une lame sur son torse : « Rendez-nous le serpent. »

En dehors de ça, tout n’avait été qu’illusion. Ho évidemment, le pauvret y avait cru dur comme fer. Il avait hurlé, imploré sa pitié et demandé grâce. Il avait levé vers elle un regard paniqué et réalisé qu’elle n’avait pas l’intention d’accéder à sa demande. Il avait sué comme un porc qu’il était, s’était souillé sous la peur. Oui, c’était amusant. Elle avait fouillé son esprit. Elle avait vu Le Lion, vu Angus assis dans une cellule, entendu qu’il avait demandé droit à la démonstration pour ne pas passer par le feu. Elle avait aussi entendu les hommes du Lion décider de tuer les employés d’Angus pour lui couper ce droit, décider de tuer celle qu’il aimait pour lui faire du mal. Malheureusement pour eux, ils étaient tombés dans le piège du serpent et avaient visé Myrren. Elle, Felaine, était toujours là, derrière le bouclier posé devant elle comme un paravent pour cacher une montagne. Ces incompétents allaient payer. Ils allaient payer leur arrogance, leur trop plein de confiance, leur méchanceté au centuple. Elle avait l’intention de ne laisser que Le Lion en vie. Qu’il constate son erreur, et qu’il ait le plaisir d’échanger quelques mots avec son bouc-émissaire après coup.

Elle repartit d’un court rire de gorge. Oui, vraiment, ils allaient bien danser le soir suivant.
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Nelphalyn
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MessageSujet: Re: La lumière étire les ombres   Mer 20 Aoû - 13:34

Depuis une semaine, Felaine était entre deux eaux. Tiraillée entre ses deux facettes, elle s’efforçait d’enfouir à nouveau son ombre au fond d’elle-même, mais la moindre contrariété lui donnait du fil à retordre. Si ce n’était son sens de la mesure et de la raison, elle laisserait filer ses deux masques pour n’en faire plus qu’un. Seulement, les gens la trouvaient étrange, et elle estimait elle-même qu’il était temps de ranger ses crocs au profit de son habituelle douceur. Même Angus le lui faisait remarquer régulièrement.


- " Felaine. C’est malsain, disait-il. "


Malsain oui, c’était certainement le mot approprié. Il n’y avait toujours personne de vivant pour en témoigner ceci étant. Il faudrait toutefois qu’elle le lui montre un jour. Il s’inquiétait, et ce n’était pas bon. Elle, ne s’inquiétait pas. Il y a un équilibre en toute chose et la plus lumineuse des personnes cache bien souvent une part d’ombre dense qu’il vaut mieux ne pas trop éveiller. Pour sa part, elle pensait que la sienne – qu’elle nommait La Mésange – était utile. Impitoyable, elle ne semblait s’éveiller qu’au contact d’un mélange de peur et de colère intenses. Elle était sale, oui, malsaine, inquiétante, tout ce que l’on voulait, mais elle avait fait parler les bonnes personnes jusqu’à présent, et avait évité les scrupules inutiles de la gentillesse. Felaine estimait cette seconde façon d’être comme indispensable et il était hors de question qu’elle s’en sépare. Non, elle la gardait bien enfermée dans un coin de son esprit. La difficulté résidant dans le fait que plus elle sortait longtemps, plus il était compliqué de la renvoyer dans son compartiment spirituel.

Elle s’enfermait littéralement dans son esprit chaque jour. Isolée, elle travaillait à tisser les entraves appropriées pour calmer, amuïr La Mésange, et la remettre bien à sa place. Depuis qu’Angus était sain et sauf, Felaine n’avait plus besoin d’être cette sombre personne. Elle l’épaulait plus que d’ordinaire, se réveillait la nuit pour la simple joie de le voir dormir près d’elle et ne voulait qu’une chose : être présente. Ces derniers temps, ils avaient eu très peu de temps à partager. Ils avaient été très demandés tous les deux, puis il s’était éloigné pour placer des pions en prévision des derniers événements, et enfin lesdits événements avaient effectivement eu lieu. Elle avait alors pleinement ressenti l’étreinte de la peur. Et si elle le perdait ? Comme lorsque Daesmon avait disparu, elle avait balayé ses doutes pour ne se concentrer que sur sa détermination. Elle le lui avait dit, elle le retrouverait. Il était si inenvisageable que quiconque le lui retire qu’elle n’avait finalement plus eut de doutes à balayer, et que La Mésange avait fait son œuvre aux côté des pions de son aimé.

En théorie, elle n’aurait dû travailler que quelques jours pour la shunter, mais il y avait eu ce dégénéré affabulateur à Rurikton qui avait été assez menaçant et agaçant pour qu’elle ait furieusement envie de lui montrer les pires horreurs. Et ce n’était pas le pire. Non. Le pire avait été le marais.

A cette pensée, elle senti La Mésange frémir en elle. Le marais d’Anathema. Lorsqu’ils étaient passés dedans avec Angus et Tyna, pour tenter de trouver Pim et Oliver, deux agents du pacte les avaient prévenus que « le mal » avait été éveillé puis vaincu très peu de temps avant. « Le mal », un béhémoth des ombres sans doute, comme il en sortait parfois en ce lieu où la barrière avec les Brumes était si ténue. La charge magique qui planait encore dans les marais, l’ambiance glauque du lieu, les bruits inquiétants avaient été autant de sources d’inspiration qui avaient appelé le masque sombre de Felaine à se renforcer. Elle avait éprouvé une sorte de fascination pour l’endroit, et l’avait dissimulée derrière un sourire jovial pour en laisser voir le moins possible. Mais de fait, elle allait devoir retisser une partie de sa toile. Décidément, son petit oiseau intérieur était bien encombrant ces derniers temps.

Heureusement, Angus se montrait particulièrement présent depuis son retour. Sa présence l’apaisait lorsqu’il était calme et elle espérait qu’il le soit le plus possible jusqu’à ce qu’elle ait achevé de envoyer son ombre derrière sa cloison. Une fois fait, elle la lui montrerait, son ombre. Il serait le seul vivant à connaître La Mésange dans toute sa laideur. Il serait le seul, parce que si un jour elle devait en perdre le contrôle, il n’y aurait que lui en qui elle pourrait avoir confiance pour faire le nécessaire. Quand la lumière étire les ombres, elles grandissent. Et parfois, parfois, il faut souffler la lumière. Elle senti La Mésange rire en elle et dit alors :


- " La puissance n’est pas faite pour être utilisée

- Le pouvoir est inutile et rouille s’il est enfermé, lui souffla l’oiseau. "



Elle sourit et l’ignora. Il était l’heure d’aller prendre un peu l’air et le soleil de la fin de journée.
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