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 Voyage de jeunesse

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Nelphalyn
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Date d'inscription : 18/08/2014

MessageSujet: Voyage de jeunesse   Mer 20 Aoû - 12:38



J'irais voir Noirfaucon




… tac tac tac tac tac tac tac … La chan­son in­ha­bi­tuelle d’une paire de ta­lons sur les dalles de marbre du cou­loir prin­ci­pal ré­son­nait dans la gar­ni­son des sé­ra­phins.


- " Edouard ! Hé, Edouard! criait une voix fé­mi­nine. "


Le lieutenant Edouard Naer dit en sou­pi­rant aux gardes dans son bu­reau.


- " Don­nez-moi une pe­tite mi­nute les gars. "


Alors qu’il contour­nait ses hommes, une jeune filleaux che­veux cho­co­lat en­tra en trombe par la porte. Elle te­nait sa longue robe d’hi­ver à deux mains de­vant elle et était es­souf­flée de sa course. Lâ­chant le tis­su qu’elle lis­sa ra­pi­de­ment d’un re­vers de main, elle ras­sem­bla ses ta­lons et es­quis­sa un sa­lut rè­gle­men­taire qu’elle ac­com­pa­gna d’un sou­rire ra­dieux. Edouard croi­sa les bras sur sa poi­trine, ten­tant d’af­fi­cher un air sé­vère.


- " Fe­laine Fer­drael… je t’ai re­con­nue au va­carme de tes pieds dans le cou­loir. Je suis oc­cu­pé pour le mo­ment. At­tends-moi dans le hall, et sois un peu plus discrète s’il te plait.

- Mais Ed… (Il fron­ça les sour­cils.) Mais Lieutenant, c’est …

- Je tra­vaille, cou­pa-t-il. "



Elle es­quis­sa une ré­vé­rence sobre et s’adres­sa au lieutenant puis à ses hommes.


- " Je te prie de m’ex­cu­ser. J’at­ten­drais dans le hall. Mes ex­cuses mes­sieurs. "


Elle tour­na les ta­lons et re­fer­ma dis­crè­te­ment la porte de chêne du bu­reau. Edouard Naer  se­coua va­gue­ment la tête puis re­tour­na au­près de ses hommes. Leur air amu­sé l’exas­pé­ra presque mais il n’en fit rien et re­prit son ex­pli­ca­tion.



~~~


Fe­laine fai­sait les cent pas dans le hall en se tor­dant les doigts, se re­tour­nant à chaque bruit de pas. De temps à autres elle s’as­seyait sur un banc de pierre pour s’en le­ver presque aus­si­tôt. Par les six mais pour­quoi fal­lait-il qu’il prenne tout son temps ? Sa­ta­né Edouard, elle avait quelque chose d’im­por­tant à lui dire ! Per­sonne d’autre ne com­pren­drait. Et pen­dant qu’elle at­ten­dait comme une fille du peuple, seule dans ce grand hall, il pa­la­brait avec ses hommes. S’ils avaient be­soin de longs dis­cours pour sa­voir com­ment faire leur tra­vail, c’est qu’ils n’étaient bons à rien. Là. Elle se tan­ça in­té­rieu­re­ment d’être si peu pa­tiente et prompte à la cri­tique gra­tuite et ins­pi­ra len­te­ment pour se cal­mer. En­fin, il ar­ri­va. Ta­pant ami­ca­le­ment dans le dos d’un des hommes que la jeune femme avait vu dans son bu­reau, il fit signe à cette der­nière de le suivre alors qu’il fai­sait de­mi-tour. Elle s’em­pres­sa de le re­joindre en trot­ti­nant, lais­sant de cô­té sa ma­nie de re­le­ver ses jupes pour cou­rir. Ils par­cou­rurent le che­min jus­qu’au bu­reau du lieutenant dans un si­lence seule­ment fen­du par le cla­que­ment des bottes sur le sol. Fe­laine n’osait pas ou­vrir la bouche. Elle réa­li­sait son idio­tie de dé­bar­quer sans pré­ve­nir, et sans la ma­nière propre à son rang, dans le bu­reau du lieutenant des sé­ra­phins. Elle sa­vait qu’elle mé­ri­tait un ser­mon. Et s’il y avait quel­qu’un dont les re­mon­trances étaient ef­fi­caces sur elle, c’était bien Edouard Naer , ce­lui qu’elle voyait comme un grand frère. Elle ne le re­gar­da dans les yeux qu’avant de fran­chir la porte de la pe­tite pièce sobre. Une fois le bat­tant clos, il se re­tour­na et de­man­da d’un air sé­vère.


- " Tu es consciente d’avoir presque en­fon­cé ma porte alors que j’au­rais pu trai­ter de su­jets confi­den­tiels ?

- Je suis vrai­ment dé­so­lée Edouard , j’étais trop im­pa­tiente, dit-elle pe­naude.

- Tu es tou­jours im­pa­tiente Fe­laine. Comme une pe­tite noble gâ­tée. Mais ici tu es chez les sol­dats, et il y a des règles. Elles valent pour les pay­sans comme pour les nobles : on at­tend dans le hall sa­ge­ment.

- Je suis vrai­ment dé­so­lée Edouard , souf­fla-t-elle en bais­sant les yeux."



Elle avait l’im­pres­sion de l’avoir dé­çu. Pire, elle croyait qu’il avait honte de la connaître, et ne sa­vait pas où se mettre. Re­gar­dant le bout de ses bot­tines dé­pas­ser du ve­lours de sa robe, elle se tor­tillait les doigts en si­lence.


- " Fe­laine ? "


Pas de ré­ponse.


- " Hé, ho ! "


Elle le­va des yeux pleins de re­mords vers son ami et dit à toute vi­tesse.


- " Je suis vrai­ment dé­so­lée d’être en­trée comme une folle dans ton bu­reau sans frap­per ni te de­man­der dans le hall Edouard . Je ne le re­fe­rais plus ja­mais c’est pro­mis ! "


Il écla­ta d’un rire franc et lui ébou­rif­fa les che­veux. S’éloi­gnant vers une paire de fau­teuils près d’un âtre il l’in­vi­ta à le re­joindre et dit.


- " Bien sûr que tu le re­fe­ra. Et tu me ser­vi­ras en­core tes yeux de la­pin bat­tu en te confon­dant en ex­cuses parce que tu sais très bien que ça marche. Mais fais un ef­fort s’il te plait, c’était désa­gréable et in­ap­pro­prié. "


Sou­la­gée, elle re­trou­va son port de tête fier et se re­coif­fa du bout des doigts en al­lant s’as­seoir.


- " Je res­semble à un la­pin ?

- Quand tu re­garde les gens par en des­sous, tête bais­sée et les che­veux qui tombent de chaque cô­té de ta tête ? Oui. On di­rait ceux qui ont les oreilles qui pendent, tou­jours l’air pe­naud et l’oeil lar­moyant, la ta­qui­na Edouard.

- Mmmh, un peu comme quand tu re­garde … "



Il s’em­pres­sa de la cou­per.


- " Bon ça suf­fit, qu’est-ce que tu vou­lais me dire de si urgent ? "


Elle prit son temps, ca­lant bien son dos dans le fau­teuil, croi­sant ses jambes et po­sant ses mains sur les ac­cou­doirs. Af­fi­chant un sou­rire sa­tis­fait elle an­non­ça.


- " Je vais al­ler vi­si­ter Noir­fau­con !

- Ah ?

- Oui ! C'est de là que viennent des Ferdrael après tout. Et il y a les Anges Déchus également, tu en parles toujours avec grandeur ! J’ai vrai­ment en­vie de voir la ci­ta­delle et les landes dé­vas­tées qu’ils dé­fendent.

- Ho, je vois… ré­pon­dit Edouard , éva­sif.

- Tu n’as pas l’air très content.

- C’est une ré­gion dan­ge­reuse tu sais. Il fau­dra faire très at­ten­tion.

- Je sais, je sais, je fe­rais très at­ten­tion, pro­mit la jeune femme d’un ton las.

- Oh ça… Le dé­ta­che­ment avec le­quel j’étais en réunion avant que tu ne fasse ir­rup­tion dans mon bu­reau es­corte la pro­chaine li­vrai­son de pro­vi­sions par por­tail. Tu pour­rais en être. Je de­man­de­rais à Har­per de gar­der un oeil sur toi.

- Un cha­pe­ron ?! S’in­di­gna Fe­laine.

- Un moyen de rassurer ton père si tu préfères. Et puis tu lui as ta­pé dans l’oeil, glis­sa-t-il d’un air mu­tin.

- Quoi ?! Non mais, de toute fa­çon je n’ai pas l’in­ten­tion d’em­prun­ter un de le por­tail.

- Ha et com­ment comptes-tu t’y rendre alors, demanda-t-il en riant ?

- A pieds ! "



Voyant que la jeune femme était on ne peu plus sé­rieuse, Edouard prit un long mo­ment pour ré­flé­chir, puis fixant l’un des ac­cou­doirs du fau­teuil de Fe­laine il dit:


- " Les routes sont dan­ge­reuses Fe­laine. Par­tir seule et sans ex­pé­rience du com­bat, n’est pas une bonne idée. Il fau­drait pas­ser par les mon­tagnes et la vielle As­ca­lon et…

- Et l’Arche du lion oui, cou­pa-t-elle. Mais je peux le faire et je vais le prou­ver. Je me suis beau­coup en­traî­née et tu le sais.

- Ne te vexe pas mais, tu n’es pas une com­bat­tante. Et si tu tombe contre plus fort que toi ? Que fe­ras-tu ?

- Ça ! Lâ­cha Fe­laine d’un ton ré­joui. "





Le sol­dat le­va les yeux vers le vi­sage de la jeune femme. Elle avait la tête ren­ver­sée en ar­rière, les yeux mi-clos et la sa bouche en­trou­verte ten­dait vers le bleu vio­la­cé. Un fi­let de sang ruis­se­lait jusque dans son cou et com­men­çait à s’en­gouf­frer dans son dé­col­le­té. Edouard se le­va d’un bond et tâ­ta le bras de son amie. Il fouilla la pièce du re­gard puis re­por­ta son at­ten­tion sur le corps sans vie, ava­chi dans le fau­teuil.


- " Très réus­si. Tu peux te mon­trer main­te­nant. "


Sans ré­ponse, il ar­pen­ta la pièce, ten­tant de per­cer l’illu­sion, mais ne vit au­cune trace de son amie. Il al­lait sou­pi­rer et as­su­rer qu’il était convain­cu afin qu’elle se montre quand on frap­pa à la porte. Edouard al­la ou­vrir d’un pas dé­ci­dé et mar­qua un temps d’ar­rêt en voyant qui l’at­ten­dait de­hors.


- " Mais, quand es-tu sor­tie ?

- Je ne suis pas en­trée en réa­li­té, as­sé­na Fe­laine, triom­phante. En­fin si, tout à l’heure. Mais quand tu es ve­nu me cher­cher dans le hall, j’ai su que j’avais dé­pas­sé les bornes. Alors j’ai dé­ci­dé de te faire une vé­ri­table dé­mons­tra­tion. "



Il la dé­tailla du re­gard. Elle avait l’air d’une belle jeune femme de haute nais­sance, fraîche et pimpante, au re­gard tra­his­sant un es­prit trop af­fû­té pour son propre bien. Rien de plus. Elle n’était ni ef­frayante, ni me­na­çante, ni par­ti­cu­liè­re­ment so­lide. Mais il la connais­sait bien main­te­nant. Elle ca­chait par­fai­te­ment son jeu. Il sou­pi­ra.


- " Je vais te donner une carte…

- Ha ! Le cou­pa-t-elle.

- Si­lence. Ecoute-moi, dit-il l’in­dex le­vé et l’air grave. Je vais te faire une carte. Tu ne de­vra pas dé­vier de la route que j’au­rai tra­cée. Ton ducal père devra approuver, et s’il le fait je l’épaulerait pour trouver des contacts un peu partout. "



Fe­laine tré­pi­gnait. Pas­sant d’une pointe de pied sur l’autre, les mains ser­rées et un sou­rire de plus en plus large et en­fan­tin éti­rant ses lèvres, elle at­ten­dait qu’Edouard ai ter­mi­né. Quand elle fut cer­taine qu’il avait ache­vé d’ex­po­ser son pro­gramme, elle lui sau­ta au cou. Le ser­rant très fort elle lâ­cha une col­lec­tion de re­mer­cie­ments en sau­tillant. Une fois sa joie plei­ne­ment ex­pri­mée, elle quit­ta la ca­serne des sé­ra­phins avec toute l’élé­gance né­ces­saire et re­ga­gna la grande de­meure fa­mi­liale. Elle avait la bé­né­dic­tion dont elle avait tant be­soin à pré­sent, alors convaincre son père avec le lieutenant Naer comme appui serait plus facile, s’imaginait-elle.
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Nelphalyn
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MessageSujet: Re: Voyage de jeunesse   Mer 20 Aoû - 12:44



Départ




Ce­la fai­sait presque deux ans qu’elle avait arrêté sa dé­ci­sion. Fe­laine avait abor­dé le su­jet avec ses pa­rents, et bien en­ten­du, la dis­cus­sion avait été hou­leuse. Sa du­chesse de mère avait pleu­ré, son duc de père haussé le ton, ils avaient tous les deux ten­té à leur ma­nière de lui faire ou­blier cette idée far­fe­lue d’al­ler seule et à pieds du Pro­mon­toire Di­vin à la ci­ta­delle de Noir­fau­con. Mais elle avait trop re­tour­né le pro­jet dans sa tête et n’était pas prête de chan­ger d’avis. Et non, elle ne se fe­rait pas ac­com­pa­gner de mer­ce­naires, ni d’autres jeunes nobles. Son aven­ture, elle comp­tait bien la vivre plei­ne­ment et y re­pous­ser ses li­mite. Rien à voir avec une pro­me­nade de san­té où l’on s’ar­rête tous les soirs au chaud pour boire du vin su­cré et man­ger de la viande mi­jo­tée.

Pendant quelques mois donc, son père lui avait lancé des re­gards froids et durs qu’elle res­sen­tait comme pleins d’an­goisse plus que de co­lère. Sa mère san­glo­tait dès qu’elle quit­tait la de­meure fa­mi­liale pour ses entraînements quo­ti­diens, et cette am­biance lui était devenue pe­sante. Per­sonne n’avait-il confiance en ses ca­pa­ci­tés ? Et puis tout ceci s’était tassé au fur et à mesure que la décision devenait admise et que le jour du départ approchait.

Elle n’avait pas été ménagée par son maître d’armes durant ses deux ans de préparation. Fesses au sol, ongles cas­sés, ge­noux cou­ron­nés, souffle cou­pé par un coup de gan­te­let et te­nues fen­dues par les armes mou­chées qu’il ma­niait contre elle, il lui en avait fait voir de toutes les cou­leurs. C’ était un ex­cellent pro­fes­seur, et il se mon­trait très exigent. Sans être bru­tal, il ne re­te­nait plus ses coups de­puis un cer­tain temps. La jeune femme sa­vait à pré­sent es­qui­ver, blo­quer, dé­vier suffisement pour être capable de se sortir du pétrin avec l’aide en prime de sa magie.





Ce ma­tin, éten­due sur le dos, elle re­gar­dait son ciel de lit mauve, at­ten­dant que les pre­miers rayons du so­leil percent la nuit. Elle n’avait pas fer­mé l’oeil, re­pas­sant sa liste de pro­vi­sions, re­li­sant les cartes que son père avait mi­nu­tieu­se­ment annotées, vi­dant et re-rem­plis­sant sa sa­coche, lus­trant l’épée em­prun­tée à l’ar­mu­re­rie fa­mi­liale. Au fur et à me­sure de son en­traî­ne­ment, elle était pas­sée de l’épée courte à l’épée longue à deux mains. In­ha­bi­tuelle pour une ma­gi­cienne de sa carrure, cette arme la ré­con­for­tait. Son ma­nie­ment était plus com­pli­qué pour ses bras frêles que ce­lui d’un bâ­ton ou d’un sceptre, mais elle se sen­tait à la fois plus à l’abri et plus puis­sante der­rière une lame.

La veille au soir, alors qu’elle fai­sait coif­fer ses che­veux, sa mère lui avait fait un pré­sent : un sac en­sor­ce­lé. Il pou­vait conte­nir une bonne part des vivres et pro­vi­sions sans pe­ser plus de quelques ki­los et pour un en­com­bre­ment ré­duit. Ce­la al­lait lui fa­ci­li­ter gran­de­ment la tâche, d’au­tant plus qu’elle avait fait coudre de nou­velles te­nues qu’il al­lait fal­loir trans­por­ter.

Elle avait beau cher­cher, elle n’avait rien ou­blié. Dans quelques heures, elle di­rait au re­voir à ses pa­rents et en­ta­me­rait la pre­mière étape de son pé­riple. Il y en au­rait plu­sieurs avant l’Arche du Lion. Là, elle en­ver­rait des nou­velles par mes­sa­ger, puis elle par­ti­rait pour Hoel­brak, la Ci­ta­delle Noire et en­fin Noir­fau­con. A cha­cune de ces étapes clé, elle en­ver­rait des nou­velles par por­tail, et se pré­sen­te­rait aux contacts que l’on lui avait donné.

Fe­laine prit une pro­fonde ins­pi­ra­tion, ex­pi­ra lon­gue­ment et s’ex­tir­pa des draps. Elle s’éti­ra et ti­ra sur la chaî­nette pen­due au mon­tant de son lit à bal­da­quin. Quelques ins­tants plus tard, une femme de chambre pas­sa la tête par la porte en sou­riant. Fe­laine de­man­da un bain et un pe­tit dé­jeu­ner.





Quelques heures plus tard, la­vée, coif­fée, et ha­billée pour le voyage, elle at­ten­dait de­bout dans la cour du ma­noir fa­mi­lial. Son sac en­chan­té en ban­dou­lière et son épée san­glée dans son dos tran­chaient avec sa te­nue. Moins ap­prê­tée qu’à l’or­di­naire, elle por­tait tout de même de hautes cuis­sardes de cuir à pe­tits ta­lons, une robe de voyage verte fluide asy­mé­trique aux pans li­se­rés de den­telle et une cape de cuir lé­ger à ca­puche frap­pée du bla­son fa­mi­lial à la poi­trine. Elle at­ten­dit ce qui lui sem­bla une éter­ni­té dans la lu­mière do­rée du ma­tin.

En­fin, ses pa­rents sor­tirent de la bâ­tisse. Bras des­sus bras des­sous, sa mère agrip­pée au ves­ton de son père et ce der­nier les sour­cils fron­cés, ils avaient l’air de ne pas avoir fer­mé l’oeil de la nuit. Fe­laine se tint là, droite et fière, pleine d’as­su­rance et le sou­rire au lèvres. Le couple du­cal ser­ra son hé­ri­tière de fille d’un même mou­ve­ment plein d’émo­tion. Une larme lui échap­pa alors qu’elle leur ren­dait leur étreinte, et c’est ain­si que les trou­va le forgeron familial en ar­ri­vant dans la cour, un grand pa­quet en­rou­lé dans une toile hui­lée ca­lé sous son bras gauche.

Fe­laine l’ob­ser­va ap­pro­cher, se de­man­dant ce qu’il pou­vait bien trans­por­ter. Lors­qu’il s’ar­rê­ta face à elle, elle se demanda ce qu’il fabriquait au moment solennel des adieux familiaux. L’artisan se rap­pro­cha du Duc Fer­drael. Ils échan­gèrent un re­gard en­ten­du as­sez étrange, et la jeune femme no­ta que per­sonne n’avait pro­non­cé un mot. Elle ou­vrait la bouche pour lan­cer une plai­san­te­rie mais son père l’en em­pê­cha, une main en l’air . Le forgeron ho­cha la tête et dé­rou­la le pa­quet qu’il trans­por­tait. La toile li­bé­ra une zweihänder étin­ce­lante et son fourreau. Sa poi­gnée était cou­verte de cuir bleu nuit et son pom­meau était enchassé d’une émeraude ronde. Sa lame, gra­vée de runes sur toute la longueur por­tait un symbole com­plexe tout près de la garde, elle-même or­née du bla­son fa­mi­lial : trois pa­pillons autour d’un livre ou­vert.


- "  Ada­man­tine. "


Dit sim­ple­ment l’homme, pré­sen­tant l’arme à plat. Fe­laine n’avait au­cune idée de ce qu’elle de­vait faire. La prendre, pleu­rer, sau­ter de joie, faire une blague… Alors elle res­ta sim­ple­ment plan­tée là, les bras bal­lant, la bouche en­trou­verte et les yeux écar­quillés. Si l’artisan avait l’air amu­sé, son père était ten­du comme un arc. Il s’ap­pro­cha dé­les­ta son forgeron de la lame, et la col­la alors sous le nez de Fe­laine et dit :


-  " Lorsque tu re­çois un pré­sent Fe­laine, tu le prends. Une jeune femme ne reste pas bouche bée comme un pois­son hors de l’eau sans même dire mer­ci. "


Il es­quis­sa un sou­rire ner­veux. Le duc était mal à l’aise, et sa fille ne l’avait ja­mais vu ain­si. Elle se res­sai­sit-donc et em­poi­gna l’arme.

Ada­man­tine était étran­ge­ment lé­gère pour sa di­men­sion. Fe­laine concen­tra sa ma­gie dans ses mains et la poi­gnée se mit alors à lé­vi­ter lé­gè­re­ment entre ses paumes ar­quées. La sen­sa­tion était étrange. Comme si la ma­gie était as­pi­rée par la lame, à la ma­nière d’une éponge qui se gorge d’eau jus­qu’à en être pleine. N’ayant pas de cible d’en­trai­ne­ment, Fe­laine se tour­na, ra­me­na ses deux mains à sa hanche gauche puis les pro­pul­sa vers l’avant. Ada­man­tine sui­vit sou­ple­ment le mou­ve­ment et l’air se vrilla droit de­vant sa lame, cré­pi­tant d’éner­gie ma­gique. Le ré­sul­tat était bien plus puis­sant qu’avec son épée or­di­naire. Comme si la nou­velle concen­trait et am­pli­fiait le tout.

La jeune illu­sion­niste fit à nou­veau face à sa fa­mille, te­nant sa clay­more fer­me­ment par la poi­gnée, lame vers l’ar­rière. Les larmes aux yeux, elle al­la en­la­cer son père d’un bras, four­rant son vi­sage contre son épaule. Le duc vieillis­sant ser­ra très fort sa fille unique en re­tour, alors que la du­chesse po­sait ses mains sur les épaules de Fe­laine. Elle ne se ré­pan­dit pas en re­mer­cie­ments. Ils sa­vaient très bien ce qu’elle res­sen­tait, et elle se fai­sait une idée très pré­cise de ce que ce pré­sent si­gni­fiait : leur bé­né­dic­tion et leur sou­tien. Ce­la re­pré­sen­tait tout pour elle. Ils re­con­nais­saient ses ca­pa­ci­tés, et même si ce­la n’al­lé­geait pas leur an­goisse de la voir par­tir, ils lui fai­saient confiance.

Après avoir étreint ses proches, Fe­laine rem­pla­ça son épée or­di­naire par Ada­man­tine dans son dos, re­cou­vrant la poi­gnée et la garde d’une bon­nette. Ain­si l’arme pré­cieuse n’en avait pas trop l’air mal­gré son four­reau tout neuf. Ce fai­sant, elle ap­prit du forgeron que cette der­nière était bien plus pré­cieuse en­core qu’elle ne l’avait soup­çon­né. For­gée d’ori­chalque, la lame avait été en­chan­tée par un brillant artisan enchateur et ami du duc. Elle se char­geait d’éner­gie ma­gique et la concen­trait, en ca­na­li­sait le flux et am­pli­fiait les at­taques. Le man­tra de rap­pel près de la garde se char­geait et s’ac­ti­vait afin de ré­cu­pé­rer l’arme en main si le por­teur ve­nait à la perdre. Elle se sen­tait pri­vi­lé­giée et ho­no­rée au de­là de tout ce qu’elle avait pu ima­gi­ner.


Fe­laine ser­ra une nou­velle fois ses proches, pro­mit en­core et en­core d’être pru­dente et de suivre la route pré­vue. Elle ju­ra de don­ner des nou­velles à chaque por­tail asu­ra qu’elle croi­se­rait, ain­si que de se pré­sen­ter aux contacts convenus chaque étape. Une fois par­tie et ar­ri­vée sur la route dans la val­lée de la reine, elle se re­tour­na vers les mu­railles du Pro­mon­toire, im­po­santes, ras­su­rantes, et ins­pi­ra pro­fon­dé­ment. Elle cou­vrit sa tête de sa ca­puche de cuir et por­ta son re­gard au loin vers l’ho­ri­zon. Voi­là, elle était par­tie, elle en­trait dans ce qu’elle ap­pe­lait le vrai monde.
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Nelphalyn
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MessageSujet: Re: Voyage de jeunesse   Mer 20 Aoû - 12:46


Neige



" Je me sou­viens très bien de ce tour­nant dans ma vie . A cette époque je ne voyais ce­la que comme quelque chose d’ex­ci­tant, de pal­pi­tant. Main­te­nant, j’ai conscience que c’est beau­coup plus com­pli­qué. Mais je le sais, j’ai pris la bonne dé­ci­sion. "




Fe­laine n’en était plus si cer­taine, alors qu’elle pei­nait dans la neige, lut­tant contre les bour­rasques gla­cées qui me­na­çaient de je­ter au sol. Même en­rou­lée dans une épaisse cape de four­rure, pour­vue de hautes cuis­sardes de cuir épais four­ré et pa­rée de gants bien chauds, elle re­gret­tait de s’être en­tê­tée. On lui avait bien dit que ses robes n’étaient pas pré­vues pour le froid du Nord. Elle avait en­ten­du, bien écou­té, et dé­ci­dé de faire coudre une robe dou­blée, mais fen­due et dé­col­le­tée. Elle re­fu­sait de res­sem­bler à un ours sous sa cape. Au­jourd’hui, tran­sie de froid, les joues rou­gies par les ai­guilles du vent, elle s’en vou­lait. Il fal­lait qu’elle trouve un abri pour se ré­chauf­fer et avait fu­rieu­se­ment en­vie d’un feu et d’un thé brû­lant. Elle le rê­vait si brû­lant qu’elle en ver­se­rait une larme en l’ava­lant. Des mon­tagnes se dé­cou­paient à tra­vers le bliz­zard. Elle fai­sait donc route vers ces der­nières dans l’es­poir d’y trou­ver une grotte pour s’abri­ter de­puis plu­sieurs heures. Le dé­tour lui coû­te­rait pro­ba­ble­ment une jour­née de voyage, mais tant pis. Il n’était pas ques­tion qu’elle se passe de son thé. Et puis elle pour­rait s’en­duire la peau de baume pour ne pas avoir de cre­vasses et gar­der le teint frais.

La tête bais­sée, ju­rant men­ta­le­ment contre le cli­mat, elle ne vit pas tout de suite la grosse bête ve­lue. Près de deux fois sa taille, une four­rure à in­clu­sions de mé­tal, et des … bottes ? Oui, des bottes. Non, ce n’étais pas un ours qui se te­nait face à elle, mais un co­losse du Nord. Les yeux cruels et le sou­rire car­nas­sier que lais­saient en­tre­voir sa large ca­puche de four­rure sug­gé­raient qu’il ne vou­lait au­cun bien à la pe­tite hu­maine fri­go­ri­fiée. Sur­prise car per­sua­dée que les Norns étaient plu­tôt ac­cueillants, Fe­laine mit un ins­tant de trop à mo­bi­li­ser ses forces pour le com­bat. C’est donc sans au­cun style et d’ex­trême jus­tesse qu’elle es­qui­va la grosse masse que son en­ne­mi ten­ta de lui en­voyer en pleine tête. Eta­lée dans la neige, elle sen­ti mon­ter l’adré­na­line. Elle n’avait ja­mais réel­le­ment été une com­bat­tante, mais deux années d’entraînement régulier et plus que rigoureux lui avaient donné l’assurance qui, si ele lui avait fait défaut, aurait signé sa perte. Elle dé­gra­fa sa cape de four­rure d’une main, por­tant l’autre vers la poi­gnée dé­pas­sant de son dos. Le Norn sem­bla sur­pris de la voir dé­gai­ner une clay­more de belle taille, mais ne sus­pen­dit pas son as­saut pour au­tant. Sa masse s’abat­tit à nou­veau sur sa proie au sol.

La jeune fille rou­la en ar­rière dans la neige, uti­li­sant ses deux mains pour ma­nier son arme. De fa­çon as­sez sur­pre­nante, elle ne fai­sait qu’en ef­fleu­rer la poi­gnée, comme si elle lé­vi­tait entre ses gants de four­rure grise. Elle pa­ra mal­adroi­te­ment la masse, gri­ma­çant sous l’ef­fort. Rou­lant de cô­té, elle plan­ta son re­gard dans ce­lui de son as­saillant. Il cli­gna im­per­cep­ti­ble­ment des yeux alors qu’elle se ruait en avant et rou­lait entre ses jambes pour se re­trou­ver dans son dos. Il conti­nua de mou­li­ner de sa large masse, mais tour­nait tou­jours le dos à Fe­laine. Sur­prise d’avoir réus­sis son coup, elle s’em­pres­sa d’en ten­ter un se­cond. Ca­na­li­sant sa ma­gie dans sa lame, elle la li­be­ra brus­que­ment vers le torse du géant du froid. Il chan­ce­la puis se re­tour­na, re­pé­rant son op­po­sante à nou­veau et char­gea. Au bord de la pa­nique, elle se je­ta en ar­rière pour es­qui­ver et s’en­fon­ça dans un trou de neige. La ter­reur tour­noyant en elle, elle tra­ça quelques sym­boles à la hâte dans la neige et pro­pul­sa son éner­gie droit de­vant elle. L’at­ta­quant sem­bla se heur­ter à un mur in­vi­sible, lais­sant le temps à Fe­laine de sor­tir son der­rière de la pou­dreuse.
Au bord de la pa­nique, elle com­men­ça à cou­rir en cercle au­tour de son en­ne­mi, cher­chant son re­gard. A chaque fois que leurs yeux se croi­saient, il cil­lait et sem­blait voir l’hu­maine ailleurs qu’à sa réelle po­si­tion. Il sem­blait re­ce­voir des coups in­vi­sibles et at­ta­quer les flo­cons de neige. Mais dès que Fe­laine por­tait une at­taque il se re­tour­nait et lui consa­crait toute sa fu­reur. Pe­tit à pe­tit, elle pre­nait confiance en sa tech­nique s’éloi­gnant len­te­ment, hors de por­tée de la masse de fer bar­dée de pics, cou­rant tou­jours en cercle.
Lors­qu’elle fut cer­taine d’avoir vrai­ment déso­rien­té le co­losse, elle s’ar­rê­ta net. Les bottes plan­tées dans la neige. Sa main gauche contrô­lait tou­jours Ada­man­tine, mais sa main droite se mit à tra­cer des sym­boles dans l’air qui cré­pi­tait après le pas­sage de ses doigts. Un sym­bole prit ra­pi­de­ment forme, puis fixant son ad­ver­saire avec dé­ter­mi­na­tion, la main à plat der­rière son sort, elle pro­non­ça d’une voix forte : «  Agonie, mort, dou­leur ! » puis pro­pul­sa sa paume vers l’avant. Le tra­cé ma­gique scin­tilla un ins­tant puis dis­pa­rut alors que les flo­cons au­tour de l’homme du Nord écla­taient et que ce der­nier s’écrou­lait face contre terre en gro­gnant. Mort ou in­cons­cient, peu im­por­tait puis­qu’il ne la me­na­çait plus.

Elle ra­mas­sa sa cape de four­rure et s’en vê­tit à la hâte, ne pre­nant même pas le temps de ren­gai­ner son arme. Elle se mit à cou­rir à toute jambes vers les mon­tagnes, met­tant le plus de dis­tance pos­sible entre son at­ta­quant vain­cu et elle. Fe­laine sen­tait son sang battre dans tout son corps. Son cœur ta­pait fort dans sa poi­trine et sa mâ­choire trem­blait. Elle avait eu peur, très peur. C’était son pre­mier vé­ri­table com­bat. Mais elle avait res­sen­ti le fris­son de la ba­taille, et elle se sur­pre­nait à ai­mer ce­la. Alors que ses bottes co­gnaient la neige, s’en­fon­çant par­fois, et que ses che­veux constel­lés de flo­cons de neige com­men­çaient à dur­cir, elle brû­lait de l’in­té­rieur. La joie et la fier­té d’avoir rem­por­té son pre­mier dé­fi, la re­tom­bée de la peur, tout ce­la lui don­nait des ailes. Après quelques mi­nutes de course ce­pen­dant, elle dut ra­len­tir et pour­sui­vit son che­min en mar­chant, le souffle court. Sa tem­pé­ra­ture et l’ex­ci­ta­tion re­des­cen­daient, et elle ren­gai­na sa clay­more pour s’en­rou­ler plus fer­me­ment dans la four­rure.

Dans le Nord, même les ga­gnants des com­bats doivent s’ar­quer pour bra­ver la neige et le vent, et elle ne fit pas ex­cep­tion alors qu’elle ra­va­lait sa bouf­fée de fier­té.
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