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 Mémoires de Minrathie

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Nelphalyn
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Date d'inscription : 18/08/2014

MessageSujet: Mémoires de Minrathie   Mer 20 Aoû - 12:03

J’avais fêté mes 20 ans depuis une semaine. Le plus bel anniversaire de l’année à Minrathie. Les cuisiniers s’étaient surpassés, les couturières aussi. Bien évidemment ils étaient tous esclaves de mon père. En Tevinter, les inquisiteurs ont des esclaves, et de bons esclaves. Plus ils en ont, plus leur richesse est  avérée. Bien entendu, plus ils sont de puissants mages, plus ils sont riches. Père était sénateur et avait beaucoup d’influence dans notre pays. Nous avions donc une escorte d’esclaves pour s’occuper de ce que nous étions trop imbus de nous-mêmes pour accepter de nous charger. Moi, malgré les notions de domination maitre-esclave que l’on m’avait inculquées, je n’aimais pas que ces gens donnent leur vie pour nous. Nous étions tous les mêmes pour moi, les elfes et les hommes devaient être sur un pied d’égalité, et personne ne devait posséder un autre être. Ho bien entendu, je m’abstenais d’avoir ce genre de discours face à père. Les seules occasions où j’avais tenté de lui exposer ces idées, son incompréhension avait été … sans solution. Mère en revanche comprenait mon point de vue, bien qu’elle ne le partageât pas. C’est pourquoi je pouvais profiter des instants libres entre mes leçons pour aller parler avec les cuisiniers, ou regarder travailler les couturières. J’aimais ces gens, ils m’apprenaient beaucoup de choses que mes tuteurs ne savaient pas. Repriser un accroc, broder un col, confectionner des beignets aux sucre et aux fruits … Oui, je les aimais autant que ma propre famille, et ils me le rendaient bien.

Mon anniversaire, comme je l’ai dit, était magnifique. Tous mes plats préférés fumaient sur les tables de banquets, j’ai reçu des parures de bijoux, des robes, des livres tous plus coûteux les uns que les autres. Mais le présent qui me touchât le plus fut la tenue que m’avaient faite les esclaves de la maison. La robe de soie prune était prévue depuis des lustres dans les ateliers des couturières au fond de l’arrière cour, mais la couronne de fleurs et les souliers perlés qu’ils avaient tous créé ensemble, couturiers  ou non, étaient la plus belle démonstration matérielle d’affection que je n’ai jamais reçue. Comme le veut la tradition, les jeunes fils d’inquisiteurs à marier étaient présents à la fête. Ils me firent tous danser, tentèrent avec plus ou moins de succès de me faire rire, mais aucun, non aucun n’arrivait à la cheville de Daerian. Daerian était le premier aide de notre palefrenier.  C’était un elfe d’une grande beauté, avec ses grands yeux verts et ses cheveux blonds si brillants. Il m’apprit à monter à cheval avec douceur et respect pour la monture. Sans selle ni bride. Sans cris, sans coups. Juste moi, sur le dos de l’animal. Ainsi, durant mes leçons classiques d’équitation, je n’avais aucun besoin de tirer brutalement sur la bouche de ma monture ou de lui enfoncer mes éperons dans les flancs. Daerian était mon confident également. Nés à quelques semaines d’intervalle dans la demeure de ma famille, nous avions toujours aimé nous tenir dans la même pièce. Sans nous parler au début, il n’avait même pas le droit de m’adresser la parole car j’étais la seule héritière de père. Mais de simples regards et sourires nous suffirent pendant plus de dix années. Lorsque j’eus treize ans, j’émis le désir qu’il m’apprenne sa langue en personne et la faveur lui fut faite de m’enseigner le Dalassien. Il devint alors le réceptacle de tous mes secrets, qu’il ne divulgua jamais à personne. Le jour de mes dix sept ans, alors que j’avais bu une coupe de vin sucré de trop, j’avais erré dans le jardin et il m’avait retrouvée à la demande de ma mère. L’alcool aidant, nous avions échangé notre tout premier contact, emprisonné dans le plus doux des baisers qu’une jeune fille puisse imaginer. A compter de ce jour, nous nous voyions en secret. Entre deux portes, dissimulés derrière les buissons de jasmin du jardin, en pleine nuit quand tout le monde dormait, ou encore à l’occasion de promenades équestres supposées m’entrainer à l’équitation en extérieur plus intensivement. Le cadeau de Daerian pour mon vingtième anniversaire fut aussi impalpable qu’inoubliable, et les trois mots qu’il prononça sur le balcon de la salle de réception résonnaient encore dans ma tête quand Merry, le comptable de père vint me chercher alors que je prenais ma leçon de runes dans la bibliothèque.

Ses mots à lui aussi restent gravés dans ma mémoire, brûlés au fer rouge du manque de tact dont il fit preuve malgré ses efforts.


- "Mademoiselle, l’une des roues du transport qui reconduisait vos parents céans a cassé. Leur attelage a chuté dans le ravin proche de la route. Ils sont morts tous les deux Mademoiselle. Je suis désolé. Si vous souhaitez les voir une dernière fois, ils sont à l’infirmerie."


Mes jambes me semblèrent glacées quand la porte de la bibliothèque claqua à la sortie de Merry, alors que mes yeux et mes mains me brûlèrent. Le vieux mage qui m’enseignait les runes avait l’air désolé et esquissa un mouvement pour me serrer les mains mais je le devançais et courrait vers l’infirmerie comme si tous les démons de l’immatériel tentaient de me mordre les talons.
Lorsque je déboulais dans l’infirmerie, les soigneuses étaient sorties  et un drap blanc recouvrait les corps de mes parents. Fébrile, alors qu’une tempête de chagrin et de colère faisait rage en moi, je soulevais le drap. Ils étaient là, leurs visages fermés, reposant sur la table de pierre. Leurs corps étaient intacts, mais à certains angles que faisaient leurs articulations, je devinais que leurs os étaient tous brisés. Au moins ils étaient morts proprement.

Sans trop savoir pourquoi, je verrouillais les deux portes et tirais les rideaux sur les fenêtres. Je sortais machinalement un scalpel et un récipient de verre, tirais un tabouret près de père et réfléchissait. Qu’étais-je en train de faire ? En réalité je ne parvenais pas à répondre à ma question, et n’ayant plus aucune volonté, je décidais de me laisser dominer par mon inconscient. Je regardais alors mes mains, comme si elles ne m’appartenaient pas, ouvrir le poignet de père et recueillir tout son sang dans le récipient. Elles firent de même avec mère, et lorsque plus une goutte rouge ne restât dans leurs dépouilles, elles s’apposèrent sur les plaies qu’elles avaient ouvertes, et refermèrent patiemment les chairs, puisant dans ma propre vie pour qu’elles cicatrisent sans laisser de marque. Alors, elles se plongèrent dans le sang mêlé de mes parents, et je sentis ma magie fuir de mes doigts. C’était douloureux. Très douloureux. Mais pas pire que la perte de ma famille. Aussi, je regardais mes mains, dirigées par mon esprit meurtri, dessiner des runes dans le liquide épais et sombre, laissant fuir les filaments de magie de mes doigts sans les retenir. Je vis alors progressivement un cristal se former entre mes mains. Elles continuèrent leur manège jusqu’à ce que tout le fluide vital de mes géniteurs se fut rassemblé en un cristal rouge sombre tissé de magie, ne laissant plus une goutte ni sur mes mains, si dans le récipient.  Comme une marionnette, je nettoyais le bol de verre et le scalpel, reposait le drap sur mes deux parents, et sortais de l’infirmerie en serrant l’étrange cristal dans ma main. Je le sentais pulser étrangement entre mes doigts, et le glissais dans une de mes poches. C’est à cet instant que le pouvoir et l’influence de la maison Ainril furent réellement transférés sur mes épaules. C’est également à cet instant que je réalisais que chaque esclave du domaine était désormais mon esclave. Que Daerian devenait mon esclave. Que je pouvais l’affranchir, ainsi que tous les autres. Que je pouvais changer la face de la maison Ainril… Mais mes pensées ne s’arrêtèrent pas là, j’entrevis également autre chose : je pouvais, à la tête de la puissance familiale, renverser Minrathie et son sénat. Je pouvais, en conduisant la plus grande révolte d’esclaves, prendre le pouvoir à Minrathie et soutenue par ces derniers me prélasser dans ma propre puissance et leur offrir une meilleure vie en retour. Oui, à cet instant je suintais de l’arrogance propre aux inquisiteurs de Tevinter.

J’ai effectivement mis en place et conduit l’une des plus grandes révolte d’esclaves de la cité. Mais mon égoïsme, mon inculture des combats réels, et cette arrogance qui fleurissait dans ma personne ont coûté la vie à nombre des esclaves que je soulevais. Daerian est mort de ma propre main, il était contrôlé par la magie du sang d’un autre inquisiteur, et j’ai recueilli le dernier souffle de sa vie. Ma révolte endiguée, le grand inquisiteur du sénat, qui était également ma cible, a lancé ses hommes après moi. Je me suis réfugiée dans la villa Ainril, vide d’esclaves, et l’on m’a forcée à en sortir en la noyant sous un feu de mage. J’ai alors jaillit violemment d’une des portes de la cour, sur le dos du meilleur de nos chevaux, avec mes possessions harnachées à la sellerie, et suis parvenue à m’enfuir miraculeusement grâce au sacrifice volontaire de quelques dizaines d’esclaves de plus.

J’ai parcouru Tevinter du nord au sud, puis Nevarra, puis les Marches Libres où j’ai embarqué pour Dénérim.

Je suis Eileene Ainril, inquisitrice de Tevinter, et j’ai tant de sang sur les mains que rien ne me purifiera jamais. Mon seul but à présent, est de trouver l’aide et de développer la puissance nécessaire pour renverser Minrathie. Aucune barrière ne retiendra ma détermination, aucune muraille ne tiendra sous mes coups, et aucun prix ne sera trop élevé, excepté le sang des innocents car il n’a été que trop versé par ma faute. Je suis Eileene Ainril, et rien ne retiendra mon bras au combat. Je suis Eileene de la maison Ainril, et  suis morte le jour où Daerian expira dans mes bras.
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