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 Ils sont

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Nelphalyn
Plume et pinceau
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Date d'inscription : 18/08/2014

MessageSujet: Ils sont   Mer 20 Aoû - 10:42

Il est près de quatre heures du matin, et entortillée dans les draps, roulée en boule contre un Zeick étalé sur le lit et sur la poitrine duquel son bras droit repose, Rouge ouvre un œil. A demi d’abord, puis un peu plus, lentement, sans bouger plus que la paupière, comme un félin qui s’éveille au craquement d’une branche près de sa tanière. Rien n’a craqué pourtant, mais la rousse ne dort jamais que d’un œil, vestige de dix années de fuite à vivre comme une bête traquée. La seule chose ayant perturbé sa nuit n’est autre que la présence de son raton laveur sur le rebord de la fenêtre.



Elle s’extirpe de son cocon à gestes mesurés pour ne pas réveiller le grand brun assoupi et enfile la chemise deux fois trop grande pour elle qu’elle lui a littéralement arraché et balancé sur le parquet de la chambre la veille au soir. Boutonnant la moitié du vêtement, nouant vaguement les pans, elle saisit un des nombreux pinceaux qui trainent un peu partout chez elle, relève sa masse de cheveux en un tas désordonné et l’enfonce dedans. Elle saisit Pirate sous les pattes avant, le portant comme un sac mou jusqu’au bas des deux volées de marches menant au rez-de-chaussée, dans la cuisine. Une demi tasse de café froid de la veille, quelques amandes sous la dent, puis elle remonte attraper un pantalon large et sans forme qu’elle enfile et noue afin qu’il ne tombe pas plus bas que ses hanches. Pieds nus, elle ouvre la fenêtre du premier étage, fourre un carnet à dessin et un crayon dans une poche et pose son animal sur le rebord.



Il a l’habitude de son manège et attend patiemment qu’elle lui présente son dos, dans lequel il hisse sa masse graisseuse, enfonçant ses griffes dans la chair de ses épaules sans qu’elle semble s’en formaliser. Ainsi parée, Rouge grimpe sur le rebord, évitant soigneusement les toutes petites pointes acérées qui dépassent du bois pour se positionner face à la fenêtre dont elle tire les battants. Un coup d’œil dans la rue, vers le toit, tout va bien. Prenant soin de ne pas placer ses mains sur les déclencheurs de sécurité autour des montants, elle se hisse sur un volet dans un mouvement qui semble avoir été répété à l’infini tant il est fluide. Elle se déplie, étend à nouveau les bras pour agripper les prises du mur qu’elle connait par cœur et entame son ascension vers le toit de sa maison, son perchoir. Les mouvements semblent s’enchainer dans un rythme mathématique, en un ballet fluide de flexions et détentes, résultat d’une science qu’elle n’a conscience de posséder que depuis une année. Elle en sourit presque, Rouge a toujours aimé les hauteurs. On y est bien, au vent, au-dessus des dangers, en sécurité. Lorsqu’elle atteint le point précis de la toiture qu’elle visait, c’est avec un soin méticuleux qu’elle évite les tuiles cachant de nouveaux déclencheurs à pression et se dirige vers le bloc de pierre de la cheminée sur lequel elle prend place, en tailleur, un pied ramené sur le dessus de la cuisse opposée et le dos contre le conduit encore tiède.



Face à l’est, elle regarde l’horizon en grattant l’oreille de son raton qu’elle a posé et qui, comme d’ordinaire, ne bouge pas de sa place. Depuis quelques temps elle grimpe ici aux premières lueurs de l’aurore. Ici, ou sur les hauteurs rocheuses derrière la tour Perenold de Noirfaucon. Elle regarde le lever du soleil en crayonnant machinalement sans trop regarder ses esquisses. Le tout premier livre que lui avait laissé Maeko parlait de paix intérieure. Si au départ elle n’avait pas réellement compris le but de la petite brune, aujourd’hui elle peut réciter les pages de l’ouvrage mot pour mot. Il est tout à fait probable qu’elle ne s’en rende pas compte pleinement, mais cela l’a changée. Pas fondamentalement, non, elle est toujours la Rouge écorchée, maniaque, paranoïaque et méfiante que sa vie a façonnée, mais en une version plus posée. Elle a accepté, et s’assume. Enfin, pour cette partie-là de sa personne en tout cas.



Ces derniers temps ont été riches en évolutions, il faut bien l’admettre. Blessée au poignet, elle avait fui comme un chat blessé pour lécher sa plaie dans son trou que personne ne savait trouver. Elle comptait y rester, avec drogue et attelle, jusqu’à sa rémission physique. De toute façon, à ce moment-là, elle était convaincue que la paternité de Zeick signait la fin de leurs petites habitudes. Cela confirmait bien le fondamental principe de sa vie d’ailleurs, elle était seule. Même entourée, elle était seule et se bardait de défenses pour ne surtout, surtout plus jamais souffrir de la perte d’un être cher. C’est une semi réussite à dire vrai, car s’attacher, elle l’a fait sans s’en rendre compte. Caius, Maeko, Isadora, Zeick, Morgane, puis Felaine, et … et c’était déjà bien trop à son goût. Le premier avait commencé par la menacer ouvertement par écrit, et donc comme un lâche à ses yeux, avant de chercher à renouer quelque tissu de relation qu’il avait tant abîmé que c’en était impossible, malgré ce qu’elle lui montrait. La seconde avait disparu au moment où Rouge commençait à admettre qu’elle l’estimait. La troisième avait l’âge qu’aurait eu sa petite sœur, Sibel, et avait été torturée. La rouquine si elle n’en montrait rien nourrissait une haine profonde à l’égard des responsables et s’en voulait terriblement sans savoir se l’expliquer. Morgane, c’était le petit soleil de tout le monde alors il était difficile de ne pas l’apprécier et puis… elle aussi avait presque l’âge de sa sœur. Quant à Zeick… ah ça, c’est le grand sujet de réflexion de la rouge ces derniers temps. Cet homme, totalement égoïste et insensible au premier abord représente un abîme de questions pour elle.



~~~



Au début, c’était un client de l’auberge d’Ossa où elle servait. Jugé physiquement digne d’intérêt par ses soins, elle avait commencé à partager son penchant pour l’alcool avec, et ce d’autant plus qu’il lui tenait la dragée haute sans difficulté dans l’art de se rincer le gosier. Rapidement classé dans la catégorie des simples à faire rentrer dans un lit, il avait trouvé aux yeux de Rouge un intérêt tout particulier. C’était simple, il était devenu son collègue entre temps, alors à la sortie du service, quelques verres et une partie de jambes en l’air à l’occasion achevaient bien les soirées. Puis petit à petit, sans s’en rendre compte, elle n’avait plus tellement d’intérêt à aller chercher d’autres hommes ou à se laisser elle-même trouver. Zeick était suffisamment détaché des considérations sentimentales pour qu’elle puisse assouvir des désirs de chair sans avoir peur de se voir déclamer de poèmes au réveil. Il était aussi abîmé qu’elle par la vie, ne posait pratiquement pas de questions, était propre sur lui et totalement dans ses standards de préférence physique. Oui objectivement plus le temps passait, plus il paraissait idiot d’aller voir ailleurs trop souvent.



De fil en aiguille, ils s’étaient trouvé assez de points communs pour qu’elle le transfère de la catégorie « baise » vers « pote ». La seconde n’excluant pas la première, tout allait toujours pour le mieux. Ils discutaient de sujets sans importance, de conquêtes, se faisaient taquiner par les collègues qui les taxaient de couple, les envoyaient proprement balader en revendiquant que non, décidément, un couple était totalement à l’opposé de ce qu’ils étaient. Après tout coucher avec un ami était assez répandu. Elle admettait sans difficulté qu’il lui plaisait tant sur le plan physique que pratique ceci étant. Mais un couple, c’est amoureux, et eux ne l’étaient pas. D’ailleurs ils n’avaient aucune espèce d’envie de tomber amoureux de qui que ce soit, puisque leur vie leur allait très bien comme elle était.



Seulement un jour, une pointe de jalousie s’était glissée dans leur relation si pratique. Elle trouvait systématiquement un atroce défaut aux femmes qu’il fréquentait. Au départ, persuadée qu’il s’agissait simplement de l’habitude qui s’installait, elle n’avait rien dit ni montré. Seulement un beau jour, il lui avait asséné qu’il mourrait d’envie de démolir les quelques rares autres hommes avec qui elle couchait occasionnellement. Voilà qui compliquait les choses, c’était certain… De là, et quand elle y repense maintenant, sur son perchoir, elle aurait dû comprendre. Tout admettre. Mais non, sa satanée carapace qu’elle refusait catégoriquement d’ouvrir lui avait insufflé une mauvaise foi crasse et elle s’était voilée la face.



Ce matin, comme souvent ces derniers temps, Rouge doute. Elle sent bien qu’inconsciemment les sentiments ne se frayent pas un chemin naturel en elle. Sa pire crainte reste, et restera toujours, de s’attacher pour mieux perdre ce à quoi elle tient. C’est tellement plus simple d’être seule. Et pourtant, quand elle baisse le regard sur son croquis, c’est un chapeau qu’elle voit, le sien, celui de Zeick. Peu importe la façon dont elle retourne la question, quand elle le regarde, elle voit la seule personne en qui elle se reconnaisse. Le seul homme à qui elle pourrait bien accorder sa confiance totale. Mais il a l’air aussi perdu qu’elle, ce grand abruti. Jaloux et potentiellement agressif à un degré ridiculement haut, il est pourtant de plus en plus attentionné quand personne n’est là pour les enquiquiner. Elle le sait, elle le sent, c’est tout sauf un simple ami depuis un moment. Elle croyait le lui avoir dit clairement dans la grotte de l’Arche du Lion, mais visiblement la drogue l’avait rendue incohérente. Et maintenant sa fierté mal placée lui interdit de le lui répéter. Lui non plus d’ailleurs ne se hasarde pas à prononcer à nouveau les mots qu’il a lâché un soir dans cette même grotte. Mais pour une des rares fois de sa vie, elle sent qu’il n’y a pas besoin d’en parler en réalité. Les deux côtés d’une pièce truquée, double pile ou double face. Incapable d’illustrer ce qu’elle ressent sans avoir l’impression d’être la pire des nunuches, elle s’en tient à de petites attentions, des coups d’œil, quelques contacts discrets mais réguliers. Visiblement dans les grandes lignes c’est assez clair pour lui aussi. Quand ça ne l’est pas, qu’il monte en pression et lui envoie des reproches à la figure, qu’il pense qu’elle fait de l’œil à un autre, elle se surprend à ne pas lui envoyer directement son pied dans les noix ou son poing dans la figure. Elle commence même, presque, à arriver à parler clairement. Elle se sent comme un nouveau-né qui essaye de se mettre sur ses pieds mais dont les genoux tremblent et lâchent à la moindre pression. Si elle a su comment faire, elle a eu tout loisir de l’oublier depuis.



Mais une chose est certaine au milieu de tous les doutes et questions qu’elle nourrit. Elle ne l’aime pas au sens mièvre du terme que les midinettes et jeunes coqs entendent, mais bien plus viscéralement. Il faudrait un autre mot d’ailleurs, aimer ne lui plait pas. Ils sont. Aussi simplement que cela. Elle n’est pas pendant qu’il est, chacun à part au même endroit, non, ils sont. Et le premier, la première, qui tentera de changer la seule et unique chose de sa vie à laquelle elle tienne à ce point aura tout loisir de le regretter.



Glissant son carnet et le crayon de bois dans sa poche, elle replace son raton laveur comme un sac à dos de graisse et de poils et entame une descente aussi leste que la montée après lui avoir dit en ricanant :

- " Allez viens Ducon, y va bientôt émerger, on va faire des œufs au bacon pour la princesse."
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