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 L'entre deux

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Nelphalyn
Plume et pinceau
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Date d'inscription : 18/08/2014

MessageSujet: L'entre deux   Mer 20 Aoû - 10:40

Il était tard, ou plutôt très tôt. La ruelle au bas de la maisonnette n’était plus et à la fois pas encore bruyante des bourdonnements de la ville. C’était un entre deux. Ces quelques heures de flottement où les couche-tard et les ivrognes sont enfin allés dormir, alors que les lève-tôt respirent encore lentement les dernières bouffées de sommeil de leur nuit. Où les animaux n’ont pas encore ouvert les yeux eux non plus, et la lie des malfrats du Promontoire a terminé de profiter de l’ombre nocturne des ruelles glauques. Mais elle, elle ne dormait plus et ne s’était pas encore recouchée. Ses nuits en deux temps étaient habituelles désormais. La première partie agitée de mouvements de bassin et humide de sueur, finalement ponctuée d’une petite heure de sommeil réparateur ; la seconde lourde et rarement teintée de songes du passé, qui lorsqu’ils perduraient au réveil ne manquaient pas de mettre Rouge de méchante humeur. Entre les deux, la mi-temps de la nuit, et comme d’ordinaire la voilà assise sur son tabouret devant le chevalet de peinture, les pinceaux et palettes de couleurs, nue sous une vielle chemise trois fois trop grande pour elle dont les manches étaient roulées jusqu’aux coudes et qui n’était jamais totalement fermée. La peintre débraillée et décoiffée qu’elle était à présent regardait la toile sur laquelle elle travaillait depuis des semaines mais l’esprit de Mimelryn vagabondait ailleurs. C’était un de ces rares moments où elle s’autorise à cogiter vraiment. D’ordinaire, elle fourre tout dans un coin reculé de sa conscience et refuse catégoriquement d’y réfléchir. Seulement parfois, évidemment, il faut bien que ses pensées la forcent à leur accorder un peu d’attention.



La nuit d’avant, elle avait dessiné Felaine. Franchement, avant, cette femme n’aurait même pas attisé sa curiosité. Trop bien pour qu’elle la fréquente, trop riche, trop élégante, trop de sourires et trop de traits d’esprit. Trop de regards sur son passage, trop de rictus amusés de sa part en retour… Trop peu de bijoux ou de bourses à subtiliser, et de toute façon elle n’était pas friande de vol à la tire. Non, vraiment elle était radicalement trop tout. Si éloignée de ce qu’étais la Rouge, et pourtant. Elle ne s’en était rendue compte que tard, faute d’y avoir accordé un quelconque intérêt, mais elle avait toujours été là depuis sa sortie de prison. C’était elle qui avait donné l’ordre de filer les saltimbanques sans y toucher. Elle qui lui avait remis ensuite les pieds du côté professionnel d’un comptoir. Elle aussi qui avait souri de la voir porter sa paire de saloperie de babouches et parler avec des fleurs dans la bouche aux clients. C’était elle, encore, qui lui avait ouvert sa porte quand elle avait manqué de filer saigner Caius et sa bande. Et c’était toujours elle qui l’avait écoutée quand elle était rentrée seule de la crique de Sud-Soleil. Au fil du temps, Rouge en était venue à l’apprécier, à la respecter profondément, pour pas mal de raisons réflexion faite. Sa droiture d’abord, parce qu’elle restait fidèle à sa parole et qu’elle ne la trahirait pas quand la quasi-totalité de ses relations avaient passé leur temps à le faire. Pour sa dangerosité ensuite. La rouquine avait toujours aimé les gens dangereux, et la petite nobliaude aux airs de cruchon naïf l’était quand on parlait de ceux à qui elle tient. Pour sa bonté enfin, parce que ce côté lumineux de Felaine semblait éclairer le monde à ses yeux en un sens, tout en en étirant les ombres. Désormais, elle était son ombre. Le premier qui la toucherait, le premier qui la blesserait, aurait à assumer la fureur de la rousse en retour. D’ailleurs son duc, elle avait eu plusieurs fois envie de lui filer un bon coup dans la figure pour lui remettre les idées en place. Elle ne s’était jamais permis de le lui dire, parce qu’elle s’en méfiait toujours un peu, mais tout de même. A courir les jupons ouvertement, même s’il ne faisait rien de plus, il irritait la perle rouge. Seulement comme sa dame n’avait pas l’air de s’en soucier et qu’elle n’avait jamais rien mentionné, elle n’agissait pas, même si elle s’était empressée d’aller lui râler dans les oreilles tous les jurons de la terre lorsqu’elle avait vu son brun de fiancé outrageusement près de la «danseuse-harpiste-pute-lèche-feu-au-cul » comme elle la nommait.



Bizarrement et malgré ce travers qui, tout à fait singulièrement, l’énervait, elle commençait à apprécier Angus aussi. Son côté emmerdeur avait l’air d’être fait du même bois que son côté je-m’en-foutiste, et accompagné de leur tendance commune à la boisson, c’était un bon moyen de cacher toutes les saletés du passé. Il l’avait surprise d’ailleurs à lui dévoiler une partie du sien. Elle qui était pourtant peu intéressée par les gens au demeurant, et encore moins encline à essayer de les comprendre, elle commençait à cerner le personnage et se rendait compte que pour lui non plus, tout n’avait pas toujours été simple.

Elle tourna le regard vers le lit où Zeick dormait, étalé en travers du matelas qu’elle avait payé une fortune. Elle soupira un moment. Allait-elle réellement s’autoriser à réfléchir à cette grande question qui se cachait toute la journée sous un chapeau ? Elle ne s’était pas permis ce luxe quand elle était rentrée de la plage à Sud-Soleil, un plein filet de crevettes, pour trouver un campement vidé de ses affaires. Elle n’avait même pas cherché à comprendre. Rouge avait fait cuire les crevettes, en avait mangé une partie et emballé le reste, puis avait préparé ses affaires et attendu une journée juste au cas où, avant de rentrer. De toute façon, elle avait l’habitude puisque personne ne restait jamais près d’elle. Elle s’en était presque fait une philosophie en fait maintenant qu’elle y pensait. Alors que lui aussi s’en aille sans rien dire, après tout, qu’est-ce que ça pouvait bien faire ? Ils s’étaient amusés, c’était terminé, tant pis. Et pourtant, elle n’avait pas cessé d’y penser une fois rentrée au Promontoire. C’était bien, leur petite vie sans se poser de questions. Qu’avait-elle pu faire de travers cette fois encore ? Alors que d’ordinaire elle se fichait pas mal de revoir ou non ses conquêtes, là, elle en était venue à regretter que tout se soit arrêté. Pourquoi ? Ho elle le savait bien, au fond, tout au fond. Mais elle refusait de l’admettre. Hors de question. Et puis de toute façon maintenant qu’il était revenu, elle n’avait pas besoin d’y penser non ? Si ? Non. Ça avait l’air de lui convenir, à lui, de discuter un peu de temps en temps, plaisanter, boire un peu avec elle, baiser, dormir chez elle et distiller sa gnôle dans la cuisine. Alors tant qu’il y trouvait son compte, elle ne changerait rien. De toute façon, Rouge, ne savait pas ce qu’elle voulait. Alors autant faire comme Zeick préférait, et quand il en aurait assez, il repartirait encore et elle verrait bien à ce moment-là. Oui, elle allait faire comme ça. Continuer son petit train-train et laisser faire les choses.

Un bâillement , un dos qui s’étire, elle secoua sa tignasse rousse et retourna se coucher, roulée en boule contre Zeick.
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