Fiches de personnage, textes et illustrations
 
AccueilFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Chez soi

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Nelphalyn
Plume et pinceau
avatar

Messages : 506
Date d'inscription : 18/08/2014

MessageSujet: Chez soi   Mer 20 Aoû - 10:38

Onze heures moins le quart, dans l’un des quartiers huppés du Promontoire divin, une silhouette détonne sur les pavés réguliers de la rue. La tenue de cuir sombre et écarlate qui souligne de près la musculature féline de Rouge n’a décidément pas grand-chose qui s’accorde avec les portails ouvragés et hauts murs des manoirs nobles du coin. Suivie de son gros raton à l’air continuellement fadé, elle s’avance jusqu’à un large portail de chêne sombre devant lequel une femme d’une cinquantaine d’années, en armure complète, aux longs cheveux gris et à l’œil d’un azur perçant se tient au garde-à-vous. Sans se démonter, elle se plante face à elle et lance.


- " Mmmh, salut !

- Bonjour, Dame.  "



Froide et calme, la garde de la porte la détaille sans ciller de bas en haut. Elle porte deux lames de belle facture au côté gauche, un bouclier est posé près d’elle, et la rouquine voit clairement dépasser de son épaule la garde d’une longue claymore ouvragée. Dans sa coque de plate, sous son tabard bleu et or frappé des armoiries Ferdrael, elle affiche un maintien martial et souple qui en dit long sur la mauvaise idée que serait celle de forcer le passage. Mais peu importe puisque ce matin, Rouge n’a aucune intention d’utiliser la force ou de grimper sur le toit pour vérifier que tout va bien dans la propriété. Non, ce matin, elle a décidé de demander aux Ferdrael s’ils accepteraient de lui louer une de leurs petites maisons de ville. Étrange démarche la connaissant, mais pourtant, la voilà qui sourit à la femme qui lui fait face.


- " J’passais voir la Dame Felaine pour discuter boulot. C’tait prévu. Vous pouvez m’annoncer ? J’m’appelle Rouge. Vous c’Lenayr c’est ça ? "


Sans même répondre, Lenayr fait un pas en arrière sans la quitter des yeux et donne trois coups secs de gantelet contre l’huis.


- " Renan, Rouge pour la jeune Dame Ferdrael. "


Après quelques instants dans un silence de plomb, la porte découpée dans le grand portail de bois épais s’ouvre sur Felaine qui sourit à Rouge et l’invite à entrer pour la première fois dans la cour du manoir sans passer par les toits.

En traversant la cour intérieure derrière son hôte, Rouge passe devant la dépendance où a séjourné Angus un moment et sourit en coin. Elle lève les yeux vers le balcon de pierre épaisse du bureau de Felaine et sourit un peu plus. Elle a passé tellement d’heures sur les toits du manoir à écouter, observer, espionner, qu’elle a l’impression de connaître les lieux. Au départ c’était par manque de confiance. Elle croyait que la jeune Ferdrael menait Maeko en bateau et lui cachait des choses, puis au bout d’un moment, elle avait fini par comprendre. Sous ses airs de gentille et naïve petite noble aux tenues outrageusement dénudées, Felaine Ferdrael manipule les apparences sans difficulté et le fait la plupart du temps pour protéger les siens. A force d’observation, la rouquine en était arrivée à la respecter, et à lui accorder sa confiance. Bien évidemment, elle ne l’admettra jamais !

Alors que Felaine la précède et la mène dans un petit salon aux murs lambrissés de chêne et décoré des portraits des chefs de famille, elle prend la mesure de la fortune familiale : ce n’est que le manoir de ville, et elle n’a jamais été invitée dans une demeure si luxueuse. On leur apporte de quoi grignoter, des petits fours et du café et elles échangent les banalités usuelles sur la santé et les affaires. C’est en arrivant au sujet de la météo que Felaine marque un temps, pose sa tasse sur son genou nu dévoilé par sa robe fendue, et sourit doucement avant de couper court.


- " Rouge, inutile de faire tant de manières avec moi. Je sais que vous y arrivez très bien, je le constate encore, mais parlez sans retenue. Que puis-je faire pour vous ?

- Hum. Oui. Bon. Excusez, c’est que… c’est un peu idiot et j’me sens super conne de venir vous faire ch… suer pour un truc perso et tout.

- Vous ne m’ennuyez pas, je vous l’ai déjà dit. Si je peux faire quelque chose pour vous, demandez et ce sera fait. Vous n’êtes plus uniquement au milieu des trafiquants à qui vous ne pouvez pas faire confiance, dit-elle en souriant de coin.

- Baaaaah… Je m’demandais, comme j’sais que votre famille a des bâtiments en ville… Je m’demandais si vous auriez pas un truc à m’louer. Genre pour mettre mes trucs… Pour habiter quoi, annonce Rouge en cherchant ses mots. "



Felaine s’éclaire d’un sourire visiblement sincère et reprend.


- " Premièrement, ce n’est pas idiot du tout. Voilà près d’un an que vous vivez dans une chambre d’auberge, il est temps en effet d’avoir quelque chose à vous. Ensuite, mmmh… il me semble bien que nous avons au moins une bâtisse qui s’est libérée il y a peu. Une petite maison de ville sur la place centrale de Salma il me semble. Elle n’est pas très grande, mais en excellent état. Vous l’avez peut-être remarquée, les volets ont tous été changés et sont fermés depuis quelques semaines. "


Rouge observe son hôte, les yeux plissés et en silence. C’est trop facile. Oui, elle l’a vue cette petite maison sur deux étages. Mais elle s’attendait à des questions, des conditions, après tout la jeune dame est au courant que sa serveuse a fait de la prison, de la contrebande, de l’assassinat. La seule possibilité est qu’elle s’apprête à lui annoncer un prix exorbitant pour qu’elle ne puisse pas la louer. Oui, c’est forcément ça.


- " Heum, oui je l’ai vue. Elle est drôlement jolie d’ailleurs. Mais ça doit pas être donné de louer ça…

- Combien êtes-vous payée à la semaine ?

- Bah, comme j’travaille plus au comptoir, j’ai plus qu’la paye de base de mon truc d’à côté.

- Qui s’élève à ? Insiste Felaine l’air espiègle.

- Bah trente argents le mois. Chu payée au mois.

- Et vous avez des économies ?

- Ouais. "



Felaine perd son regard vert pâle dans la tenture derrière Rouge, pose son menton dans sa main et fait mine de réfléchir, une petite moue aux lèvres.


- " Mmmh… Je vois, je vois.

- Mais, j’demande pas une maison hein. Rien qu’une pièce pour mettre un lit et une armoire ce s’ra bien hein. Pis j’ai pas l’intention d’faire n’importe quoi dedans. Enfin, si vous avez pas c’est pas…

- Huit argents le mois, la coupe la jeune femme.

- Hein ?

- Huit argents le mois et la maison est pour vous.

- Quoi, c’est tout ?

- C’est trop peu ? Neuf alors.

- Mais je … non c’est …

- Dix.

- Hé mais c’est pas censé se passer comme ça !

- Douze. Pas plus, sinon j’aurais l’impression de vous voler. C’est mon dernier mot. A prendre ou à laisser. "



Rouge affiche un air parfaitement idiot. La bouche entrouverte, une main lancée en avant pour protester et restée en suspens. Elle reste ainsi quelques instants pendant que Felaine la regarde, souriant en coin, l’air de s’amuser grandement.


- " Pourquoi vous faites ça ? Je veux dire, c’est pas une somme négligeable, mais pour une maison comme ça c’est que dalle. Pourquoi vous faites ça pour moi sans rien demander, demande la rouquine en abaissant son bras, tenant sa tasse de café à deux mains.

- A votre avis ?

- J’en sais rien. Avant j’aurais dit qu’c’était pour me tenir par les couilles. Enfin, façon d’parler. Pour m’utiliser après. J’pourrais dire qu’vous êtes trop gentille, mais j’sais que c’est des conneries. Alors j’en aucune foutre-burne d’idée. "



Felaine appuie nonchalamment son dos sur le dossier du sofa de velours puis croise ses jambes, boit une longue gorgée de café et sourit.


- " J’aime quand les choses brisées se réparent.

- J’suis pas une chose brisée.

- Si, et vous vous réparez. Lentement mais vous le faites.

- Vous en savez quoi d’abord, hein ?

- Je sais beaucoup de chose, Mademoiselle Elgard. Bien plus que vous ne l’imaginez. Vous avez toujours été irréprochable dans tout ce que vous avez fait, de bien ou de discutable. A l’auberge, vous avez été exemplaire, sur mon toit, vous avez été discrète puis bienveillante, vous êtes amie avec Maeko également et elle est comme ma soeur. Je ne peux pas vous rendre ceci autrement qu’en vous offrant mon amitié et mon aide. Je sais que vous n’en avez pas … pardon, que vous n’en avez plus l’habitude. Mais il n’est pas nécessaire de mordre la main que je vous tends, il n’y a pas de piège. "



A la mention de son nom de famille, Rouge a pâlit. Livide sous ses taches de rousseur, elle se sent passer de la méfiance à la panique. Comment sait-elle ? Qui d’autre sait ? Zeick aurait parlé ? Est-ce qu’on va la faire chanter ? Elle serre tellement sa tasse de café qu’elle la sent proche de se briser. Alors elle la pose d’une main tremblante sur la table basse et porte sa main gauche à la garde de sa dague par réflexe.


- " Hé, doucement, il n’y a que la direction qui est au courant. Et personne n’a l’intention de vous ennuyer avec ceci. Bien que maintenant, plus personne ne courre après vous sous ce nom-là, c’est une information qui n’appartient qu’à vous. "


Pourquoi est-elle comme ça ? Pourquoi une noble, le gratin des rupins, est-elle gentille avec une fille comme Rouge ? Elle a beau chercher, elle ne trouve pas de réponse. Elle a beau essayer de compliquer les choses, impossible. Non, elle est simplement gentille avec elle. Gentille et, semble-t-il, honnête.


- " Mais…

- Je vous aime bien, c’est tout. Vous êtes touchante en un sens. Sauvage et brisée à la fois, cachée derrière une tonne de gros mots, d’alcool et de colère. J’ai envie de vous aider parce que je crois qu’au fond vous êtes vraiment une bonne personne. Alors arrêtez de vous triturer le cerveau, dites-moi « oui Mademoiselle » ou « merci Mademoiselle » ou que sais-je encore et filez chiner en ville pour trouver de quoi meubler votre nouveau chez-vous. On vous portera les clefs contre le premier mois de loyer. "



Douche froide, claque dans le nez. Felaine lui a assené cette dernière tirade sans appel, soulignant bien qu’elle sait pertinemment que l’hésitation de son ancienne serveuse n’est due qu’à sa méfiance maladive. Comme rarement, Rouge se sent investie d’une certaine gratitude : elle n’a pas eu à accepter verbalement. C’est tellement plus facile. Elle se sent tellement fatiguée tout à coup qu’elle s’en affaisse dans son sofa. Elle entend à peine la jeune dame demander à ce qu’on lui prépare une chambre d’amis, s’entend à peine accepter de faire une sieste, et ne reviens dans son propre corps que devant la porte de la chambre où elle a vraisemblablement été invitée à se reposer. Felaine sourit calmement et lui souhaite un bon repos. Alors instinctivement, Rouge sourit et lui lance alors qu’elle rebrousse chemin dans le couloir :


- " C’est nul le Mademoiselle, ça vous va pas. Merci Madame. "


Et elle entre se jeter dans le lit immense pour s’enrouler dans les couvertures et y dormir comme une pierre jusqu’au soir.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Chez soi
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Petit passage chez Séphora : Craquage MUFE & UD
» De la folie chez MAC Edouard Herriot à Lyon !!!!
» Stage chez les éditions De Anima à aix
» Vos 15 meilleurs fards "neutres" chez MAC ?
» chez grono

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: Archives :: Guild Wars 2 :: [Clos] - Mimelryn Elgard :: Textes-
Sauter vers: