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 Les roses

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Nelphalyn
Plume et pinceau
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MessageSujet: Les roses   Mer 20 Aoû - 10:27

Il est près de deux heures du matin quand Rouge passe le pont du quartier Salma, suivie de Pirate qui se dandine derrière. Son carnet à dessin et ses crayons bien calés dans sa sacoche de reins, elle avance sans bruit sur les pavés de la place. Une veine qu’elle tienne si bien l’alcool, la bouteille de liqueur de mangue qui lui a donné le regard vitreux des soirs de beuverie n’a pas encore eut raison de son équilibre. Elle gratte sa joue déjà maculée de poudre de fusain et soupire en s’étirant. La rousse a dessiné des heures durant sur son perchoir près du grand effondrement. Des heures pendant lesquelles elle a esquivé des réponses qu’elle ne veut pas avoir. Elle a toujours fonctionné comme ça depuis l’incendie. Fuir en avant, c’est sa solution. Sa muraille intérieure tient bon à cette seule condition : ne jamais, jamais s’attacher trop fort. Elle le sait, si un jour elle ouvre une brèche, tout lui reviendra en pleine face. Sa culpabilité, son chagrin, ce deuil qu’elle n’a jamais su faire, ses regrets, tout. Qui peut endurer tout ça à la fois hein ? Pas elle, non, elle est bien trop lâche pour ça se dit-elle.

Une marche après l’autre, elle grimpe l’escalier qui monte aux premières chambres de la Querelle du Corbeau. C’est bien de loger à l’auberge, on n’est pas vraiment chez soi, on a l’impression de ne pas se fixer. Elle tourne la clef dans sa serrure, jette un œil aux repères qu’elle a glissé dans les gonds et constate que quelqu’un est entré. Plissant les yeux, la main gauche sur une de ses dagues, elle s’abaisse de quelques centimètres et pousse la porte. Le battant s’ouvre en silence sur sa chambre plongée dans le noir où rien ne bouge. Elle fait rouler une bille droit devant elle pour s’assurer que personne n’aurait piégé son terrier, puis se retrouve d’un bond au milieu de la pièce. La lumière qui filtre à travers un des volets cassés lui révèle qu’il y a un sacré bazar, mais personne. Elle gratte donc une allumette et allume sa lampe à huile à tâtons. Quand la pièce s’éclaire, elle l’observe un instant, l’air hagard, faisant un tour sur elle-même.

Une douzaine de bouquets de roses rouges sont disposés un peu partout dans sa chambre. Elle bouillonne quand elle saisit la carte glissée entre les fleurs posées sur le lit puis en fait une boule bien serrée en grognant. L’alcool aidant, elle monte rapidement en pression et file fermer sa porte d’un grand coup de pied alors que son raton laveur file se réfugier sous le lit.


- " FOUTRE ! "


Elle ouvre la fenêtre à grand bruit, balance les volets vers l’extérieur et ne se préoccupe même pas de la force qu’elle y met. Ils rebondissent si bien sur les murs de l’auberge que l’un s’en fracasse et se décroche pour achever sa vie sur les pavés irréguliers en contrebas.


- " Trou du cul d’con d’bordel de bite d’tête de glandu d’enculé à sec d’abruti d’tordu ! "


Elle vocifère tant et si bien en attrapant les bouquets les uns après les autres pour les flanquer par la fenêtre grande ouverte, que quelqu’un ouvre un volet dans la rue et râle.


- " C’est pas bientôt fini ?! Y’en a qui veulent dormir ici ! Foutu ivrogne !

- Ta gueule fils de putain ! Viens m’fermer la mienne que j’te sorte les yeux pour les faire bouffer à ta grognasse tiens ! J’te pisse à la raie sac à foutre ! Connard ! J’te coupe ta putain d’tête et j’te chie dans l’cou ! "



Furieuse, elle balance le dernier bouquet, elle envoie claquer la fenêtre pour la fermer. Se dévêtant à la vas-y-comme-je-te-pousse, elle lance ses affaires n’importe où dans la pièce, jurant comme un pou, quelques noms d’oiseau fusant plus fort que les autres à l’occasion. Rouge se jette dans son lit en sacrant toujours et finit par s’endormir, assommée par la boisson et la fatigue.




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Nelphalyn
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MessageSujet: Re: Les roses   Mer 20 Aoû - 10:28

Au matin, un léger mal de crâne pointant le bout de son nez, Rouge ouvrit les paupières et se sentit d’une humeur massacrante. Elle avait rêvé que Caius venait lui faire une grande déclaration, un genou en terre, l’horreur absolue pour elle que ce genre de situation. Pirate avait dormi sur elle et était étalé de tout son long en travers de son dos.


- " Ducon, vire ta graisse. "


Pas de réaction. Elle se leva alors comme un ressort, propulsant le raton dans les draps entortillés où il resta à bouder. Elle fila se tremper la tête dans la vasque d’eau froide, se mis dans le baquet vide, et vida vasque et cruche sur ses épaules. C’était vraiment froid, vraiment désagréable, et elle se retrouva à grelotter et couverte de chair de poule. Elle ouvrit le placard pour attraper un manteau de cuir léger et se trouva nez à nez avec sa robe à corset vert.


- " Connasse, dit-elle à la tenue d’un ton rageur. "


Elle saisit son plus vieux et sale manteau, comme pour donner tort à la jolie robe de tissus, passa sa tenue de cuir habituelle et la dissimula sous les pans crasseux et craquelés du manteau. Glissant ses lames à leur place et enfilant ses bottes, elle décida d’aller passer sa sale humeur dans une bouteille de la réserve du Murmure Nocturne. Elle ferma donc son désormais unique volet à l’aide d’une cordelette, disposa quelques repères et chausses trappes dans la pièce, empoigna Pirate par la peau du cou dans les draps et sortit.

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Nelphalyn
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MessageSujet: Re: Les roses   Mer 20 Aoû - 10:28

Rouge franchit la porte de l’auberge, suivie de près par son raton à la mine éternellement blasée. Léo s’affairait à astiquer le comptoir, les yeux cernés mais arborant sa mine joviale coutumière.


- " Salut Rouge ! J’te sers une brune comme d’hab ?

-Nan, envoie une mangue Olé, j’suis de mauvais poil. Pis des conneries à grignoter pour Ducon s’t’eup’. "



Elle posa Pirate sur le comptoir comme un sac et lui grattouilla une oreille, alors que Léo apportait la commande, se servant une tasse de café. Il cala un pied sur l’une des étagères sous le comptoir, appuya un coude sur son genoux et but une gorgée après avoir trinqué avec Rouge. Il plissa un peu les yeux, hésita, puis se lança enfin.


- " Il est encore reparti… l’air énervé. Le regard de quelqu’un qui voulait tuer tout ce que bouge. Il m’a presque fait peur, si je savais pas que c’était un clown. Il n’a pas dit un truc en rendant sa clé. Juste qu’il ne voulait plus être la victime des principes de merde de certains et qu’il préférait retourner à son ancienne vie. Et fallait pas s’en faire, c’est pas son genre de baver. Puis hop il est parti. "


La rouquine allait abaisser son verre après sa première gorgée mais se ravisa et le vida d’un trait sec en renversant la tête en arrière. Elle fixa ses yeux vert jade dans ceux de Léo et déposa lentement son verre vide sur le comptoir.


- " C’est pas un clown. Il sait pour les roses c’est ça ?

- J’en sais rien moi, quelles roses ? "



Elle saisit Léo par le col dans un mouvement preste et rapide et le tira par-dessus le comptoir.


- " Tu l’a pas ret’nu, trou du cul ?

- Comment t..tu voulais que je fasse Rouge ?! T’as vu le morceau ? Fallait que je l’attache dans la cave peut être ? "



Elle relâcha Léo dans un calme apparent et alors qu’il se redressait, lui envoya une gifle magistrale qui fit vaciller le tavernier. Alors qu’elle tournait les talons, il lui attrapa le poignet, l’air furieux, la joue rouge pivoine et une petite goutte de sang perlant de son nez.


- " Tu refais plus jamais ça Rouge t’entend ?

- Ferme bien ta grande gueule Léo, au cas où t’aies pas remarqué j’suis pas d’bonne humeur. "



Elle pivota lentement la tête et fusilla Léo de ses yeux aux pupilles à présent dilatées. Le pauvre jeune homme devint livide et lâcha instantanément son poignet en râlant pour la forme, baissant le regard, incapable de soutenir celui de sa collègue. Elle fila sans faire de bruit, Pirate sur les talons. Elle allait commencer par chercher Zeick. Peut-être qu’elle calmerait ses nerfs en route. Oui ça vaudrait mieux, elle n’avait pas envie de trouver son camarade de beuverie dans l’état de fureur où elle se trouvait.
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